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Moi, Monsieur, j'ai de beaux morts !

Publié le par L'ours

Moi, Monsieur, j'ai de beaux morts !

Les premiers lecteurs des Carnets de l'Ours se souviennent certainement de l'ancienne têtière de ce blog. Il s'agissait d'un montage de photos de certains que j'admire infiniment et que je respecte, des mots qui deviennent rares.

A un cuistre qui m'avait signifié que mes mots « sentaient l'ancien » – tiens, v'là « cuistre », prends ! – il est vrai que j'avais un peu dézingué l'argumentaire publicitaire de son activité, j'avais eu la tentation de lui répondre : « Moi, Monsieur, j'ai de beaux morts ».

Façon de dire que ma nostalgie était peuplée de belles âmes, de beaux textes, de bons auteurs, de ces gens qui apportent du bonheur tout en mettant en titillant les petites cellules grises. Façon de rabrouer l'insolent et de mettre les points sur les i quant à ce qui lui passe entre les oreilles et éventuellement sous les yeux. Il est là question de culture populaire, pas d'élitisme. De chanson et de littérature.

Oui, j'ai de grands et beaux morts. Mais c'est un peu triste de l'asséner comme ça, parce qu'on peut s'empêcher de retenir de la phrase que ce qui ramène au présent : la mort. Eh oui, Brassens, Nougaro, Ferré, les trois grands auteurs de la chanson de mon petit Panthéon personnel où, n'en déplaise à Tonton Georges, il fait quand même bien chaud, on ne peut que les réécouter. Mais ils restent.

Il en est ainsi de Brel qui me fit tant pleurer et tant rêver, compagnon d'adolescence, de Bécaud, de Django, de Boby Lapointe, Boris Vian, Reggiani, de Marcel Aymé, Aragon, Prévert, Léo Malet, La Fontaine, Audiard, Bourvil, Gabin, Arletty, Michel Simon, De Funès, Ventura, Coluche et Desproges... Je ne les citerai pas tous, que d'autres morts se rassurent, je m'en voudrais de vexer outre-tombe. Je ne peux songer à l'un d'eux sans avoir un pincement au cœur, du moins ceux qui furent mes contemporains, et mon admiration est intacte.

Pour certains, mes opinions sont à l'opposé des leurs, et je ne sais pas exactement pourquoi je les aime, un genre de grâce, d'autres ont pour une grande part dans ma formation d'homme, je leur dois ce que je pense, ce qui m'émeut, me réjouit, ce qui me révolte, une bonne part. Ils sont infiniment plus nombreux que ceux que j'aime aujourd'hui. Et ça me navre. Je me sens un peu dépassé, « d'un autre monde, d'une autre solitude ».

Aujourd'hui, 6 juin, date historique et pas très heureuse, synonyme d'espoir et de tristesse aussi. Celle qui nous remet en mémoire que l'appel à la résistance à la barbarie n'était pas un vain mot, d'un côté, jour de deuil de l'autre. Fred Hidalgo qui est un érudit de la chanson, l'ancien rédacteur en chef de la tant regrettée revue Chorus consacrée à la chanson française le rappelle dans son blog « Si ça vous chante », il y a dix ans, s'éteignait le papa de San Antonio, de Bérurier et de Pinuche, de Féloche la maman et Marie-Marie la petite nièce, Frédéric Dard. Hidalgo, c'est de la mémoire sur pattes. Il était ami avec Frédéric Dard. Il l'avait rencontré alors qu'il avait tout juste 16 ans et l'auteur prolifique, dont on ne craignait de qualifier sa littérature de gare avant que des lecteurs éclairés ne le propulsent parmi l'un des tout premiers auteurs de littérature tout court. Et d'ailleurs, en quoi le chemin de fer nuirait-il à la qualité d'un écrivain ? Qu'on lit bien dans un train !

Bref, ne sortons pas des rails, le roi de la digression, c'est San-A. Il faut lire, relire celui que nombre de gamins lecteurs de mon époque (et leurs parents aussi probablement) appelaient « San-t-Antonio » c'est un trésor de la langue française, sans cesse réinventée, patouillée, tire-bouchonnée pour notre plus grand bonheur. Il nous réconcilie avec la vie, quand la littérature égocentriste n'a de cesse de la ternir. Il fait partie de mes beaux morts.

Il faut lire également le blog de Fred Hidalgo. Lui nous réconcilie avec la chanson française quand la production de masse n'a de cesse de proposer des produits manufacturés passés au crible du commercialement correct.

 

Le blog Si ça vous chante

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