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Partie de jardin

Publié le par L'ours

Il y a apéro géant et apéro géant. Savoir faire la nuance.

Le premier réunit des boit-sans-soif, de pauvres éponges qu'un sombre atavisme pousse à se torcher en compagnie, dans une atmosphère qualifiée de festive et que le ministre, le maire ou le préfet décide d'interdire. Pas de mauvais exemple dans ma République, sacrebleu !

Sacrebleu nous vient de Rabelais, par altération de Sacre Dieu qu'il utilisait plus volontiers.

De nos jours, on ne dit plus sacrebleu, et c'est bien triste. Jadis, nous disposions de jolis jurons, qui animaient le discours, reflétaient la véhémence, d'un coup, on entrevoyait une montée de sève dans le texte, une vigueur nouvelle annonçait la remarque assassine, tout en l'attendant, on sentait arriver l'estocade.

Revenons à nos moutons. Ceux qui par Facebook se donnent rendez-vous en tel endroit à telle heure munis de bouteilles pour s'imbiber. Certes, ils chargent. Ces gens boivent ensemble ! Sans autre distinction que celle d'être inscrits sur le réseau social. Hormis quelques comas éthyliques, peut-être quelques bris de verre, de têtes et de mobilier urbain, et un accident mortel, la chose n'occasionne pas de grands dégâts, ne coûte pas grand chose et finalement n'a guère de conséquences. Mais il y a apéro géant et apéro géant. Ces gens se tiennent mal ! Et surtout, ils sont n'importe qui.

Tandis que la seconde réunion destinée à boire un verre ensemble est organisée, et nul préfet, nul maire, nul ministre ne songerait à l'interdire. Elle ne se nomme pas apéro géant, même si la dernière en date a regroupé 7500 personnes. Mais pas n'importe qui, et ils ne se sont pas arsouillés répliquerez-vous.

On l'appelle garden-party, ce qui a quand même un peu plus de classe ! Personne ne vient avec ses boutanches, on ne se sert pas soi-même, des loufiats dument assermentés à cette tâche débouchent les flacons de champagne – pas du pastaga – et servent des petits-fours.

Pas confondre, plèbe ! Ici, c'est l'Elysée, pas la place Jean Jaurès ! Ici on a son carton, on est convié, pas appelé à un rendez-vous informel. Les invités sont tous des obligés. Ils courbettisent, ils lèchouillent, ou sont flattés. Ici on cause d'agrément, en bon aloi, on devise grandes questions nationales et petits arrangements personnels. Ici, on admire Madame première si élégante dans sa robe fourreau Chanel qui lui moule si bien le cul, on ne parle pas d'y tendre la paluche. C'est pourtant pas faute d'y songer, il y a tant de vieux macaques qui ne songent qu'à ça. 7500 personnes officiellement invitées par la présidence.

L'année dernière. Deux mille de plus depuis 2007. C'est la crise, faut bien briller et faire reluire. Y a tant de malheureux. Bien démarquer, cornegidouille !

J'aime bien cornegidouille. A cause de la gidouille, bien sûr, et des cornes aussi. Celles que nous portons, pas vous méprendre, attention. Le plus grand cocu de la République, ce n'est pas le Roi, c'est le Peuple.

Parce que le budget du pince-fesses du 14 juillet, tout comme la fête du même nom, est national. 732 826 euros le coût de la réception. Tout compris. C'est le député Dosière qui aime bien regarder les chiffres du Président qui le fait savoir. Selon le rapport de l'Elysée, le coût aurait diminué de 11%. Mais la classieuse bamboula a augmenté en nombre de convives, et le chiffre annoncé par le château ne mentionne pas le coût global, si bien que la note est un poil plus élevée d'année en année.

Cette année, au matin du 14 juillet, à l'aube, je m'en irai à moitié nu, coiffé de plumes, dans le jardin exécuter une petite danse de la pluie. Oh, y oh, y oh, y oh, y oh.

Faites-en autant, peut-être bien qu'en s'y mettant à plusieurs les nuées se concentreront au-dessus de la partie de jardin élyséen.

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Caritate 05/06/2010 11:41



As-tu lu dans mes pensées ce matin ? C'est la réflexion que je me faisais à l'annonce de la future garden-party à l'Elysée. Je ne pense pas que les participants y aillent avec leurs munitions,
mais ils auront à payer la note, autrement !