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Prendre la juste mesure ?

Publié le par L'ours

Pourquoi l'homme se fait-il du mal ? Il s'oblige à ingurgiter du brocoli par la bouche et des couleuvres par les oreilles. Quel triste dîner de fin de semaine. Sur la troisième chaîne de télévision, hier aux alentours de 20h15, Zorro, à son habitude réglait son compte à l'injustice, par la ruse et la lame, aidé par son fidèle serviteur, le muet Bernardo. Un bon serviteur se doit d'être muet. Sur d'autres chaînes de télévision, six ou sept, peut-être huit, j'ai même lu neuf, on ne sait plus tant il y en avait, un autre serviteur – celui de l'Etat, présumé par ce fait celui de la totalité des citoyens de notre pays, s'adressait aux Français.
Le présidat, mi président, mi candidat annonçait les mesures qui doivent résoudre les problèmes qu'il a contribué ces cinq, six, sept, peut-être huit dernières années à alourdir.
Mesure phare : une augmentation de 1,6% de la TVA sur les produits non considérés comme de haute nécessité, ce qui la portera à 21,2%, et le relèvement de 2% la CSG sur les revenus du capital, qui passerait donc à 10,2%. Cette mesure est destinée à financer en partie la « protection sociale », en contrepartie de quoi les entreprises se verraient débarrassées des 5,4% de cotisations patronales de la branche « famille » sur les salaires compris entre 1,6 et 2,1 fois le Smic. Les salaires inférieurs à ce plancher bénéficient déjà d'exonérations de cotisations. C'est donc pour donner un coup de fouet aux entreprises, par cette prodigieuse baisse du coût du travail, que le consommateur, riche et pauvre piochera dans sa tirelire le même nombre de piécettes lorsqu'il fera ses emplettes, et que l'on ne parle pas de baisse du pouvoir d'achat, car promis-juré, les prix n'augmenteront pas, puisque le présidat n'y « croit » pas, la sempiternelle et sacro-sainte concurrence, si vertueuse, comme on a pu le constater depuis qu'elle existe se chargera de tirer les prix vers le bas.
Autre mesure, il y en a sept, des accords « compétitivité-emploi » permettront aux employeurs de baisser les salaires ou augmenter le temps de travail en accord avec les partenaires sociaux (dans un délai maximum de deux mois de négociations) dans la mesure où les syndicats représentent 30% des voix. L'accord individuel à une décision de ce type ne sera donc plus requis, exit le contrat de travail trop contraignant, et l'employeur indélicat pourra se délester des récalcitrants, produire plus, payer moins avant de mettre la clé sous la porte et continuer l'aventure sous des cieux plus bleus avec des employés encore moins chers et moins râleurs, c'est que finalement, ça coûte de délocaliser !
Outre quelques autres mesures empruntées à gauche ou à gauche comme la fameuse taxe « Tobin » sur les transactions financières ou la création d'une banque spécifiquement destinée à l'investissement pour l'industrie, et le renforcement des sanctions à l'encontre des entreprises (grandes et moyennes) qui ne respectent pas le quota d'apprentis.
Enfin, « la » mesure qui va remettre la France sur pieds, la possibilité de construire ou agrandir plus !... pour gagner plus, bien sûr, mais ça Nick the first ne l'a pas ajouté ! Qu'importent les lois existantes destinées à protéger les paysages ou l'environnement, on pourra, eurêka, hosanna, alléluia, augmenter de 30% la surface d'un logement ou en rendre constructible 30% de plus lorsqu'il s'agit d'une collectivité. Et, ici encore, d'un geste pédagogique, une main qui monte une main qui descend, le candident de la République explique que le prix du foncier ou du locatif baisse lorsque la crise monte. Promis-juré, sans doute sa foi personnelle en ses propres mensonges et ses incohérences devant suffire à convaincre les sceptiques, les prix de l'immobilier n'exploseront pas.
Oubliant, probablement par étourderie, de dire que l'immobilier constitue une valeur refuge pour les investisseurs, comme on dit chez les savants experts de la radio et de la télévision, les sommes engagées dans les constructions et les agrandissements ne seront plus disponibles pour l'industrie et l'économie en général. En outre, combien d'entre eux feront-ils le choix de construction de logements à loyer modéré en regard de résidences de vacances, de complexes luxueux ou de bureaux bien plus lucratifs ? Une fois les travaux de construction achevés, gageons que la sagesse et le désintéressement empreint de générosité citoyenne des nouveaux proprios, (combien de natifs du Qatar et des Hauts-de-Seine réunis) nous prémuniront d'une flambée des prix de l'immobilier, il en ira de même pour les agrandissements qui auront été réalisés non pas en vue d'une éventuelle plus-value à la revente du logement mais pour procéder à un innocent gain de place.
Et cerise sur le château, voici également une excellente façon de lutter contre l'érosion des terres agricoles et la désertification des campagnes.
Hier soir, Zorro, une fois de plus s'élançait sabre au clair contre l'injustice, défiait l'haciendero sans scrupule qui s'empare des terres du peon, Zorro, ce renard rusé mû par son courage et aidé de son fidèle serviteur Bernardo, serviteur muet comme il se doit, car comme chacun le sait, les meilleurs serviteurs sont muets.
Ça se confirme.

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