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Les chroniques d'un ours, pacifiste mais qui ne perd pas l'occasion de grogner et de filer un coup de griffes ou de crocs quand on menace sa tanière. A noter que les chansons ci-contre sont répertoriées auprès de la SACEM, certaines sont déjà pourvues d'une mélodie, et quiconque souhaitera en ajouter à son propre répertoire peut me contacter, je me ferai un plaisir de lui fredonner la chose.
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Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 10:25

La neige recouvrait les rares pavés qui subsistent dans les rues de la capitale. Depuis 1968, on les a remplacés par du bitume ou du goudron aggloméré à je ne sais quoi pour en constituer l'asphalte grisâtre et lisse dans le dessein de décourager les émeutiers après que les compagnies de gardes mobiles ont fait la triste expérience de la lapidation par les masses contestataires. Comme quoi, un ministère de l'Intérieur sait parfois tirer les leçons du passé. J'ai descendu les marches et suis sorti pour prendre la température de l'air du temps sur le boulevard plutôt désert. Je songeais à l'avenir, au passé, à notre société, à notre encore pour quelque temps gouvernement, à notre ministre de l'Intérieur, aux barricades qu'il tentait de dresser entre les gens.
A l'heure où se couchait un soleil frisquet, encouragé par la bise, j'ai marché d'un bon train. Soudain, m'échappant de mes pensées, convaincu qu'il fallait réagir, immédiatement, qu'il n'y avait plus une minute à perdre. Il était inutile, il serait même nocif de patienter jusqu'au  printemps et au mois de mai que l'on dit fleuri. Je décidai d'en appeler aux hautes sphères, en trois mots, j'allais entreprendre une prière de rue. Je levai le poing au ciel et criai. J'avisai un groupe d'Auvergnats authentiques qui avaient troqué leurs sabots empaillés pour des snow-boots plus chauds et plus confortables bien qu'étymologiquement discutables. Interloqués par ma harangue à d'invisibles destinataires, pourtant omniprésents depuis cinq ans, ils m'emboîtèrent le pas, me pressant de questions et furent rapidement rejoints par d'authentiques Parisiens frigorifiés et curieux. Je ne pouvais répondre à tous et continuer sereinement ma prière de rue. Je leur distribuai des « éléments de langage » qu'ils reprirent tous en chœur.
Cassez-vous, barrez-vous, dégagez.
Caltez, virez, trissez.
Filez, débarrassez le plancher.
Foutez le camp, débinez.
Faites-vous la malle, tirez-vous, dropez.
Esbignez-vous, prenez le large.
Carapatez-vous, de l'air, faites-vous la paire.
Tricotez des fuseaux, délogez.
Pliez bagage, faites la valise.
Effacez-vous, estompez-vous, levez l'ancre.
Mettez les voiles, mettez les bouts, démettez-vous.
Ripez, glissez, taillez la route.
Trottez, faites feu des quatre fers.
Prenez la clef des champs.
Videz les lieux, valsez, décampez.
Déguerpissez, tournez le dos et les talons.
Cédez la place, déménagez.
Eclipsez-vous, décanillez.
Emigrez !
Amen. Ite missa est.

Par L'ours - Publié dans : Les Carnets de l'Ours
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