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Principe de précaution ?

Publié le par L'ours

Ouh la ! La grosse polémique que voilà. En fait-on trop avec le principe de précaution ? Parce quand même, il nous bloque nos gronavions, ce vilain volcan islandais que dans les radios on s'évertue à ne pas savoir nommer. C'est qu'il nous jetterait un grain de sable, pardon de poussière dans notre économie ! Juste, un grain de poussière. Un grain de poussière, qui colle à tes bottines, qui bloque la machine, qui fait de la ville un désert, un grain de poussière, un fils de la terre et du vent. Alors, les nababs de l'économie ruent dans les brancards. On ne va pas se laisser emmerder par la nature, tout de même, et nos beaux millions de dollars, alors, ils comptent pour que pouic ?

Il va avoir de effets délétères, ce volcan. Dans tous les sens du terme.

Suivant le principe que nous a enseigné Newton, tout ce qui quitte le sol a vocation, à un moment donné, à se poser ! Les oiseaux, les avions, l'eau, la cendre. C'est indéniable, tout autant que ce syllogisme : l'homme respire l'air, l'air est chargé de particules, donc l'homme respire des particules.

En cas de grippe A H1N1, nous avons une Roselyne. La roselyne est un genre de repoussoir à catastrophe qui dépense l'argent en ayant l'air de comprendre ce qu'elle dit, fait du vent, mobilise la pharmacie, brasse l'air ambiant et embrasse les rugbymen. Une sirène, en quelque sorte, un tocsin, un klaxon. En cas de nuage de cendres, nous n'entendons pas notre roselyne. On serait tenté de se dire, suivant l'adage "pas de nouvelles, bonne nouvelle" : pas de roselyne, pas d'alarme. Espérons qu'à l'instar des gronavions, notre roselyne n'est pas clouée au sol, dans l'incapacité de faire résonner sa corne de brume pour cause d'enrouement ou d'obstruction des soufflants.

Sur le site du ministère de la Santé, à peine ce petit communiqué laconique daté du 16 avril vient nous rassurer :

Une éruption volcanique importante vient d’avoir lieu dans le Sud de l’Islande, au sommet du glacier Eyjafjallajokull. En termes d’impact sanitaire, il n’y a pas, actuellement, de risque significatif pour la santé du fait de la haute altitude et de la dispersion du nuage de cendres. Ne serait-ce un peu court ? Ne serait-ce un peu ancien, en matière d'information ?

Délétère, qui met la vie en danger, qui s'en prend à la santé.

Certes, les cendres virevoltent dans les hauteurs, certes, elles se dispersent. Ça ne les empêche pas de retomber !

Ressentez-vous quelques symptômes ? Après une promenade de deux heures dans votre verte campagne, sous un soleil printanier qui illumine l'azur, avez-vous soupçonné ce ciel bleu pâle légèrement voilé ? La gorge vous gratte-t-elle, avez-vous ressenti une soif irritante ? Votre nez s'est-il encombré plus qu'à l'ordinaire ? Avez-vous toussé ? Avez-vous craché quelques mucosités consistantes dans une expectoration aussi douteuse qu'inhabituelle ? Ce matin, avez-vous trouvé une odeur d'œuf un peu pourri à l'eau de votre douche ?

Mais la question n'est pas là, a priori. Le problème est économique et la question est celle du principe de précaution. En a-t-on trop fait avec le principe de précaution ? 

Délétère, qui nuit au jugement, qui corrompt la pensée.

Ce principe de précaution est une plaie pour qui veut asseoir son pouvoir (politique ou économique) en dépit des dégâts ou inconvénients qu'il peut causer. Ceux-là vous le diront, c''est un bâton dans la roue du prétendu progrès, un caillou qui empêche la bonne marche de la libre entreprise, un scrupule. Il est bien utile de le remettre en question. Son abandon parce qu'il est tellement contraignant sera assurément très utile, pas à ceux qu'il protège, mais à ceux qu'il gêne.

C'est un grain de poussière. Un grain de poussière, qui erre a la lisière de l'enfer et du ciel, un ange gardien du néant. Un grain de poussière infiniment petit ou grand.

Evidemment, l'excès en toute chose est nuisible, c'est enfoncer une porte ouverte que de proférer ce lieu commun, mais le ridicule ne tuant pas, je m'y vautrerai avec délectation et garde l'espoir que nous ayons un comportement et un jugement équilibrés. Nous ne sommes pas grand-chose, et somme toute assez fragiles. Nous nous reposons énormément sur la technologie, et peut-être bien au point d'en dépendre. Plutôt que de jeter aux orties le principe de précaution, cette immobilisation des avions devrait nous renseigner sur notre degré de subordination à la technologie, et nous contraindre à nous prémunir contre la panne, dans les domaines où notre dépendance est la plus grande, comme l'énergie, le recours à l'outil informatique et la sacro-sainte dématérialisation numérique.

Peut-être, le principe de précaution devrait-il présider à des questions plus importantes encore que celle du décollage des avions. Parce que, je suis, tu es un grain de poussière. Un grain de poussière, perdu comme un enfant dans l'oeil du firmament prisonnier d'un courant d'air. Un grain de poussière. Le fils de la terre et du vent.

 

Et grand merci au grand Jacques Higelin qui m'a inspiré ce petit billet.

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Pépites & Lambeaux 19/04/2010 14:05



Pline le Jeune ne nous a jamais parlé d'un principe de précaution appliqué pour l'espace aérien lors de l'éruption du Vésuve...



L'ours 19/04/2010 15:18



Pline l'Ancien le regrette encore du fond du néant..