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Saint-Malo – Les mouettes et les vieilles biques

Publié le par L'ours

Saint-Malo, cité corsaire. Saint-Malo, patrie de Surcouf et Chateaubriand. Havre heureux de Jacques Cartier, de Théophile Briant, le poète et de son ami Louis-Ferdinand Céline. Saint-Malo, repaire des mouettes et des vieilles biques.

Passons sur ces noms illustres, la postérité s'est chargée d'eux, parlons des mouettes et des vieilles biques. Elles partagent le même œil. Un œil cruel et intéressé.

La mouette, qui d'ailleurs est un goéland, mais on préfère l'appeler mouette, vous côtoie, effrontée, lorgne les reliefs de votre déjeuner, rivalise avec ses consœurs pour arracher une miette de gâteau abandonnée au vent, sur la plage ou dans une cour.

Elle rit, elle hurle, se pose et observe. A son arrivée, on la croit drôle, pittoresque, on désirerait son amitié, on souhaite sa compagnie, dérivatif animalier confortant dans son sein ce brin d'anthropomorphisme qui fait les belles vacances. Vacances familiales, faut-il le préciser. Sans enfant, en couple, les mouettes, on s'en fout ! En célibataire, la recherche de la compagnie des mouettes laisse présumer d'un tempérament dépressif à surveiller ou à soigner. Si un dialogue est, pensez-vous, entamé entre la mouette et le vacancier, vous pouvez à coup sûr parier pour un nervous breakdown calamiteux à souhait, dont il sera difficile et douloureux de ressortir.

A la première rencontre, donc, avec la mouette préside l'anecdotique, l'amusant, l'insouciance est à son comble. Mais la mouette a ses habitudes. Tel le fantôme écossais, elle hante les lieux à heures fixes, qu'elle seule choisit. On croit qu'elle vient nous voir ? Erreur. Nous ne sommes que ses locataires. Des oiseaux de passage qu'il convient de ne pas trop respecter. Les lieux sont à elle, qu'elle investit à sa guise. En maîtresse. Au moment précis où l'envie lui traverse l'esprit. Elle veut savoir ce que vous faites. Ce que vous mangez. Ce qui pourrait bien l'intéresser. Surprendre vos paroles, peut-être bien. Vous scruter à n'en pas douter. Allez donc savoir si elle ne répète pas ce qu'elle a vu dans ce cocon que vous pensez être chez vous, lorsqu'elle laisse entendre son curieux rire.

C'est un croisement audacieux en termes de génétique, que l'on pensait impossible, irréalisable entre le pigeon, ce rat volant des villes, et la vieille chatte. Curieuse, voleuse, effrontée, cruelle, impitoyable, au jugement définitif. Inévitable, tu l'as croisée, tu la recroiseras.

 

 

mouette.jpg

 

 

Il en est de même de la vieille bique. Toute en dents, la vieille bique, s'est au fil du temps, racornie, desséchée. Son visage est fermé. Ridée par le soleil et le veuvage, à moins que son veuvage soit dû en grande partie à ce dessèchement, ce rétrécissement du cœur, lequel ne saurait laisser s'exprimer un sentiment bienveillant à l'égard d'autrui. Tout ce qu'on peut en espérer est une neutralité inquiète et non irréversible. Elle donne l'impression que le veuvage n'est qu'une étape, formalité de passage, un état à atteindre et qu'elle a atteint, tout comme il en a été de l'adolescence, puis du mariage.

Son pas alerte la mène toujours au but qu'elle s'est fixé. Elle marche, elle avance, inexorable. Elle arpente son domaine. Qu'importe si vous sous y trouvez. Vous la pensez discrète, elle vous épie. Elle embrasse tout l'entourage d'un regard. D'un regard tout est noté, répertorié dans son esprit qu'elle a vif et rétréci à son seul mode de jugement. Elle écoute. Elle veille, surveille. Mesure vos gestes, interprète vos paroles, guette un éclat de voix ou un rire, identifie une nouveauté, évalue le tout. Ne tombez pas malade, elle dessinerait mentalement une courbe de température et n'aurait de cesse de suivre sur votre mine l'évolution de votre mal.

Elle n'a pas cette exubérance fraîchement sortie du supermarché qu'arborent les touristes, aux frusques trop colorées, moulant à l'excès des adiposités trop manifestes et mal réparties. Elle n'a pas non plus cette plastique ondulante et ronde de ces beautés que l'on vient d'arracher aux sanitaires du camping, légèrement vêtues, dévolues à la superficie des choses, sans préoccupation de la marche du monde tant que le monde où elles posent leurs jolis pieds soignés ne se dérobe pas sous elles.

La vieille bique, le vêtement, elle le porte impeccablement repassé sur une poitrine plate et un buste droit. Tout est ridé chez la vieille bique, son corps, son visage au teint marmoréen, son âme. De profondes rides verticales. Elle n'est pas barrée de rides, elle en est structurée. Tout est ridé hormis ses vêtements. Pantalon blanc, pull léger bleu marine ou beige, parfois aux motifs marins, elle est capitaine d'un navire. Son yacht, c'est sa maison ou son appartement qu'elle a fait aménager en deux parties pour en louer une. Voisinage qui comble son porte-monnaie et sa curiosité.

A l'heure de l'apéro, dans votre cour, elle paraît, à l'improviste, prétexte un renseignement à prendre, une information à donner, une recommandation, une précaution à observer. Sans le dire, elle vous a signifié que vous vous trouviez sur son territoire.

Elle est repartie. Vous soufflez. Les crevettes n'attendaient que vous pour être mangées. Soudain un cri : une mouette vient de se percher sur le toit du garage.

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Carlita 20/07/2010 14:32



A mouette rieuse, vieille bique pleureuse !