Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Stigmatisation

Publié le par L'ours

Gnin gnin gnin, "on stigmatise encore les musulmans", dit ce monsieur qui en a marre que cette histoire de niqab et de polygamie prenne le devant de la scène médiatique, les seconds rôles et la figuration étant dévolus à de plus graves problèmes comme le chômage, pour ne citer que celui-là.

D'abord, stigmatiser, n'est pas le bon mot. Certes, il devient à la mode, mais il concerne des marques physiques, inscrites dans la chair. Ou alors, il faut l'entendre au figuré. Le figuré, le sens figuré, c'est la marque de l'intelligence… ou de la bêtise, c'est selon. Selon l'intention. On utilisera une métaphore (ou une autre figure de style) parce que la tournure sera plus parlante, plus forte sur un mode poétique, qu'elle impressionnera plus que le mot lui-même, qu'elle ajoutera un sentiment à la description d'une action. Elle dénaturera le sens du mot qu'elle prétend remplacer, le rendra encore moins objectif. Pour le meilleur ou pour le pire.

Pourquoi reprocher à tel ou tel de "stigmatiser" les musulmans ou "stigmatiser" le clergé catholique lorsque la polémique s'empare du port du voile (pour faire rapide), de la polygamie, ou des révélations d'affaires de pédophilie, plutôt que "montrer du doigt", "désigner" ? Ce verbe, outre qu'il contient en lui une dimension mystique, tend à faire penser que l'on désigne et que l'on accuse en même temps, que l'on porte un jugement négatif "a priori", jugement que celui qui parle de stigmatisation considère abusif, illégitime, voire inique, l'a priori est dénué de fondement.

La stigmatisation est effectuée par l'autre, individu ou groupe d'individus, elle affecte un individu ou un groupe d'invidus. Un habile glissement sémantique fait dire qu'"on" stigmatise une communauté.

Dire stigmatiser les musulmans, équivaut alors à dire qu'un jugement sans fondement est porté à l'encontre d'une communauté. C'est la définition du racisme. Stigmatiser, c'est faire porter l'étoile jaune aux musulmans, bien évidemment, je parle au figuré, provocation volontaire. Se dire stigmatisé, c'est revêtir une panoplie de victime. La question serait de savoir si la société française à travers l'interdiction du voile islamique désigne les musulmans dans leur ensemble comme de mauvaises personnes, responsables de je ne sais quels maux, coupables de je ne sais quels crimes.

Les tenants et plus particulièrement les "tenantes" du niqab, burqa et autre tchador, puisque ce sont essentiellement des femmes que l'on entend se prononcer en faveur du voile islamique arguent de la liberté de se vêtir comme bon leur semble, chausse-trape imparable dans une démocratie sur laquelle viennent s'empaler les ennemis de l'obscurantisme. A vérifier, toutefois si la liberté préside réellement à cette nécessité affichée de se dissimuler.

En la matière, qui désigne qui, si ce n'est la femme voilée se désignant elle-même, se différenciant sciemment et librement du reste de la population ? Le voile islamique n'est pas arrivé en France ex nihilo, son port, même s'il n'a pas été dicté par la religion musulmane, (comme celui de la kipa l'est pour les hommes durant certaines périodes par la religion juive), est traditionnel, permanent et obligatoire dans les royaumes et républiques islamiques, aux mœurs dictatoriales, paternalistes et phallocratiques.

Stigmatisation n'est décidément pas le bon terme.

L'interdiction et la guéguerre politique que se livrent nos partis à propos de cette triste affaire de femme voilée et de son mari soupçonné de polygamie, de son instrumentalisation par les uns et la dénonciation de celle-ci par les autres nous éloignent du problème lui-même et facilitent son extension en offrant le plus bel argument aux thuriféraires du port du voile : la liberté.

Qu'elles doivent être tristes et désemparées, celles qui dans les pays où elles sont contraintes de porter la marque de la religion luttent pour le choix de s'en affranchir.

Commenter cet article