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Totalitarisme - La coercition de l'épicemard

Publié le par L'ours

C'est l'histoire d'un caïd. D'une famille de caïds.

Epicemard, il vendait de tout. L'avait tout regroupé dans sa cagna. Il avait bouffé petit à petit, petits et petits. Par grignotage, puis à grosses bouchées, il a avalé le petit commerce, petites boutiques, petite variété de produits. Fil à fil, il a détissé la toile du petit commerce, le familial, celui de la vieille fille, du veuf, du célibataire, partout dans les villages, dans les quartiers.

 

Du chou, pâtes et patates, beurre œufs fromage, viande abattue, articles de ménage, boissons, neutres, sucrées, alcoolisées, pinard. Du bas de gamme, du haut. Beauté, sent-bon, beauté salle de bain, beauté cuisine, jolie maison propre, articles divers, laver-récurer-sus-aux-nuisibles, fleurs et jardins, tout pour le potager, jeux de plage, vélos, jouets, couches biberons lait, tout pour bébé, articles de rentrée des classes.

Et du pratique, du ménager. Et des vêtements, des godasses, pour tout âge, pour tous les goûts, bricolage, loisirs, sport. Journaux ! Oh ! Livres et journaux, comme la viande et le charbon de bois barbecue. Et télés, et monde moderne électrique électronique. Promotions, tickets, réductions. Chariots. Hyperépicemard. Il a attaqué la bagnole, la banque de proximité, crédit chéri rembours par la force. Publique ! Le voyage, la mort.

De la naissance à la mort, il s'occupe de tout l'épicemard. Si tu veux, pas obligé. Il y a d'autres hyperépicemards. Concurrence oblige. Ah ! Ah ! Ah ! La concurrence c'est la liberté, la concurrence c'est la panacée. Honnête, car concurrentiel !

Il veut tout l'épicemard. C'est une maladie, une amibe. Elle te frôle, elle t'englobe, elle te bouffe. Elle grossit de toi et passe à ton voisin. Protozoaire. Primaire. Plus. Tout. Poids. Puissance.

Certes, des affrontements sont nécessaires. Certes, il faut appuyer ici, presser là. Il faut faire pression, faire exsuder, tordre. Perdre le moins, absorber le plus. Par ici, et par là. Plus d'activité, plus de clientèle. Moins cher les employés, moins cher les fournisseurs. Gratuit ? Oh ne me faites pas deux fois la proposition. Ça tient en deux mots : tout maîtriser. Le maître-mot : tout. Instinct primaire, réaction primaire : la coercition.

Beau titre de polar : la coercition de l'épicemard. Est-ce qu'il termine bien ? Happy end, ou bien on le lit avec une boîte de mouchoirs à portée de main?

Ce serait l'histoire d'un petit gars de cité. De temps en temps, il fait des conneries. Vol par ci, castagne par là. Il se met à vendre un peu de charasse. Il fait comme les copains de la cité, et ceux d'à côté. Il commence à trouver que l'affaire est juteuse. Il élargit sa clientèle. Il agrandit sa chalandise, il se diversifie. Il agrandit son cercle d'amis.

Des petites frappes dont il fera sa garde, puis d'autres dont il fera des employés, mais aussi des fournisseurs dont il fera ses partenaires et d'autres qu'il absorbera. Un peu de racket. Un peu de loyers. Un peu d'impayés à encaisser. Intimidations diverses. Désormais, il a un territoire. Empiète un peu sur les frontières. Baston. Le territoire s'étend, les bastons augmentent en nombre et en intensité. La loi du plus fort. Vivre, c'est survivre. Primaire ? Peuh ! La thune tombe ! Et la puissance. Sur un secteur, mais les autres ? Menace ? Plus tu es gros, plus tu pèses. Plus tu pèses, plus tu es puissant.

Immobilier. Jeux. La rue. Et pas que de l'illégal. Parrain, politique ? Tout il veut conquérir, le petit gars de la cité. Adjoignez-lui un personnage féminin avec ses problèmes de personnage féminin, en second rôle, toujours, bien sûr, une histoire de vengeance ou la pugnacité d'un flic, vous aurez-là un joli petit roman qui exalte les joyeuses traditions de la mafia, et finalement l'allégorie de notre société. Un totalitarisme éclaté. Composé de petits potentats de diverses tailles et de diverses natures. Des épicemards, des petits gars de cité, des assureurs, des marchands de tuyaux et des financiers.

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