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Tous pourris ?

Publié le par L'ours

Homme à terre, attends-toi à prendre quelques coups de lattes dans les côtes. Ne cherche pas à voir d'où viendront les coups, ils viendront de toute part, des camps adverses, mais aussi et bien évidemment du tien. Après avoir compté tes petits sous, bien, mais pas suffisamment bien cachés dans la fraîche climatisation d'un coffre helvète, tu vas pouvoir dénombrer tes grands amis, ceux qui ne t'accableront pas, ceux qui ne t'ont pas déjà enterré, ceux qui ne t'ont pas vendu.
Certes, Monsieur Cahuzac, cette affaire dégrade terriblement l'image de ton parti, et pas seulement, la puanteur ne s'arrête pas rue de Solférino, mais discrédite le personnel politique dans son ensemble. Homme à terre, tu sais bien pourtant que tu n'es pas une exception, ni le premier, ni le dernier à ternir le blason étincelant du pouvoir politique.
Mensonge que le proverbe africain disant qu'il n'y a pas de place pour plusieurs crocodiles dans le même marigot.
On pourrait s'en délecter, mais ce serait un peu fastidieux de dresser la liste des scandales qui depuis sa création ont ébréché l'émail de la cinquième République. On pourrait également se rappeler ceux des troisième, quatrième, et encore ceux des régimes précédents.
De la révélation publique des turpitudes de Strauss Kahn à la dernière mise en examen de Sarkozy en passant par les soupçons portés vers Woerth, Chirac, Balladur, Tron, on s'aperçoit que le milieu politique est un terreau propice à faire fleurir une certaine délinquance ; et le populisme, répétera-t-on tous azimuts en faisant mine de le déplorer.
Il est toujours de bon ton de fustiger le populisme jusqu'au jour où son usage fournit un argument de choix contre ses adversaires. Mais tout ceci n'est que rhétorique, un effet de style permettant d'échapper (du moins l'espère-t-on) à l'amalgame, au fameux syndrome du « Tous pourris ».
Ben oui ! Mais faut-il le répéter, ils mettent beaucoup du leur pour que l'on ait du mal à résister à la tentation de les mépriser. Nous y sommes accoutumés : mensonge, trahison, reniement, autant de pratiques qui ne deviennent coupables, pour ceux qui prétendent nous diriger, que lorsqu'elles viennent à être découvertes. Bravo, entre parenthèses, à la presse libre et indépendante de jouer son rôle de contre-pouvoir, toujours accusée d'indignité, de parti pris ou de méchanceté manœuvrière à visée autopromotionnelle.
Quel autre constat peut bien faire le citoyen, devant la multiplication des affaires, face à la manipulation généralisée, lorsqu'il devient le spectateur quotidien des coups bas que nos politiques se portent mutuellement ? La biblique parabole de la paille et de la poutre ne semble pas avoir intellectuellement marqué nos élus et nos grands fonctionnaires. Il semblerait qu'ils préfèrent la très philosophique recommandation « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ».
Voilà, d'ailleurs, une bonne occasion de se demander dans le huis clos de sa conscience, face au miroir du lavabo ou à son rétroviseur de bagnole, ce que l'on aurait fait si on avait eu l'opportunité de planquer 600 000 euros à droite, à droite du Léman, veuillé-je dire.
C'est un silence glacé et honteux que devrait respecter tout un chacun dans chacun des camps.
Alors, tous pourris ? Probablement, d'une certaine façon. Ne le serions-nous pas également ? Menteurs, intrigants, combinards, arrivistes, injustes, autoritaires à l'excès... Ne le sommes-nous pas également dès lors que nous exerçons un certain pouvoir, à la maison, dans l'entreprise, jusque dans nos activités culturelles ou de loisirs ?
Tous pourris, nos gens de politique ? Probablement pas. Du moins pas tous. Du moins pas en permanence. Pas tous en permanence. Mais dans une démocratie, ils n'ont aucune raison d'être, sans nous qui les élisons. Il serait judicieux qu'ils se souviennent que le pouvoir qu'ils exercent leur est délégué et non pas inhérent à leurs personnes. A nous donc de placer le curseur de ce qui est acceptable ou non, c'est la société tout entière qui établit la morale.
Quant au Monsieur propre d'ici et à la Mère Denis de là-bas promettant du sans tâche garanti, je me garderais bien d'en acquérir un baril.

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