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Une tronche pas catholique

Publié le par L'ours

A y est, les socialos se débarrassent de leur scrupule, je veux dire en cela qu'ils rompent avec Georges Frêche.
Scrupule est un mot intéressant. Son étymologie, déjà, ouvre des perspectives passionnantes. Le scrupulum d'où nous viennent nos scrupules modernes était un petit caillou. Un vilain petit caillou qui s'introduisant entre le pied et la semelle gênait son porteur et ralentissait la marche quand il ne vous gâchait pas la vie.
Le scrupule était aussi, à Rome, une petite pièce de monnaie valant le tiers d'une drachme.
Le scrupule était également un poids dont les apothicaires se servaient valant la vingt-quatrième partie d'une once, soit la plus petite unité de mesure traditionnelle de poids, autant dire que ça ne pèse pas lourd.
C'est sans doute que Georges Frêche ne pèse pas lourd, lui qui remporte sur son nom et sa personnalité bon nombre de suffrages au titre de vieux routard sous étiquette du Parti socialiste.
L'étiquette se décolle. Le parti socialiste se range du côté du parler correct que le septimaniaque se chargeait de tirailler en tous sens ne craignant pas les accrocs. Connaissant bien son électorat, Frêche drainait par ses débordements langagiers, ses frôlements avec un racisme ordinaire et pour ainsi dire de façade, une bonne partie des gens du Sud de la France dont je ne suis pas certain qu'ils suivraient la liste NPA menée par une femme voilée. Et pas à cause du NPA. Exit Frêche.
Quelle est la raison de son éviction ? Qu'avait-il fait ? Qu'avait-il dit ?
Raison officielle : trop de "dérapages", trop d'allusions au racisme. Soupçon d'antisémitisme.
Si j'étais en Normandie, je ne voterais pas pour ce mec (Laurent Fabius), il a une tronche pas catholique.
Et alors ! Les flics de la pensée et du langage commencent à devenir sévèrement pénibles. Ne pas relever aurait amui la déclaration.
Je n'ai même pas envie de savoir s'il a juste usé de l'expression, comme on dit, toute faite, ou s'il a volontairement provoqué une ambiguïté parce que Fabius est juif ou a une parentèle juive. Personnellement je ne le savais pas et je m'en fous, je n'ai pas le sentiment que Fabius fasse du prosélytisme judaïque et ça me convient bien comme ça. La candidate du NPA, en revanche, je ne miserais pas ma chemise sur le fait qu'elle prône la laïcité. En dépit de la provocation que cela constitue que de se présenter à des élections, voilée et (pour l'instant) anonyme, à ce moment précis du débat sur l'identité nationale. M'est avis que le NPA emprunte une mauvaise route, que cette mascarade soit faite pour des raisons de communication ou par conviction. La religion ne serait plus l'opium du peuple, camarades ? L'anagramme est facile, mais savoureuse. Pas de scrupules de ce côté-ci.
Donc, le Fabius aurait une tronche pas catholique. Sûr, que ce n'est pas une gravure de mode, il aurait fait bon dernier à l'élection de mister France. L'important, de toutes façons, est qu'il ait une tronche cathodique.
Cette polémique est d'une bêtise !
Qu'un président de région, homme supposé intelligent, rompu à la politique et au contact avec l'électorat se laisse aller à la basse allusion, qui n'est fondée sur rien et qui ne justifie rien, à jouer sur la confusion, ce n'est ni meilleur ni pire que les jeux de mots à la Le Pen et le débat sur l'identité nationale. C'est juste de la pêche aux voix. Celle de ces Français silencieux, un peu déboussolés, un peu racistes, un peu nostalgiques des trente glorieuses, pas foncièrement méchants, juste dépassés. De la pêche aux voix bien stupide.
Les autres, les vrais fachos, les partisans du brutal, les intransigeants sur la couleur, ceux qui aiment l'ordre pour le faire respecter de manière contondante, ceux-là n'ont nul besoin d'être dragués, ils n'ont que faire des clins d'œil d'un Frêche, et ce n'est pas ce pescadou-là qui les attrapera au bout de sa gaule.
Il est tout autant stupide que le PS ne règle pas le problème en interne et porte l'affaire si haut, se drapant du voile de la virginité et de la vertu en clamant ignominie, antisémitisme, xénophobie, de grands mots en regard de la réalité que ces mots recouvrent, et s'érigeant une fois de plus en détenteur d'un ordre moral quasiment immanent, qui a porté au pinacle les susceptibilités diverses, tant qu'il devient impossible de critiquer untel, voire même parfois de nommer tel autre sans craindre les foudres de telle association ou de telle partie de l'opinion publique. Pis, du CSA, comme c'est le cas de Pierre Bénichou qui, dans l'émission "On va s'gêner" sur Europe 1 aurait tenu des propos "injurieux" à l'encontre des Polonais les taxant d'antisémitisme. Ce qui ne manquera pas d'alimenter la prochaine polémique.
Vertus de la mauvaise foi.



 

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