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Une vague bleu marine

Publié le par L'ours

Une vague bleu marine déferle sur la France. Sur le petit monde politico-médiatique, surtout. A quelques jours des ravages causés par un tsunami au Japon, la locution fait bon écho. Comme si on incitait le bon peuple à coller son oreille au coquillage pour parvenir à entendre le bruit de la mer.
Merveille de la communication, tout est là : une relation avec l'actualité immédiate, avec un fait traumatisant et télégénique, un jeu de mots pas encore éculé faisant en outre référence à la couleur d'uniforme de nos redresseurs de torts identitaires, une tournure explicite, facile à comprendre, à retenir et à propager. C'est l'onde du buzz, le flux de la connerie qui marque, la phrase toute faite qui dit bien ce qu'elle veut dire sans rien dire en vérité. Le résumé d'une somme de slogans qui eux-mêmes s'appliquent à réduire à masquer ou transformer la réalité.
La question serait de définir le Front National.
Historiquement, la chose est possible bien que difficile, tant le sujet est mouvant, tant il se compose d'héritages multiples. Fondé par Jean-Marie Le Pen en 1972, le Front national est le rejeton d'Ordre nouveau, un mouvement d'extrême droite fondé par Gérard Longuet (actuellement ministre), François Duprat, (historien négationniste, prosélyte du fascisme, dont la mort dans un attentat n'a jamais été réellement élucidée), Alain Robert (aujourd'hui UMP), tous membres du mouvement Occident lors de sa dissolution à l'automne 1968.
La force des partis révolutionnaires tient dans leur glose, maniant l'oubli, l'abandon de certaines références au passé au profit de l'adaptation de leur action et leur discours à l'actualité, sans qu'il soit question de reniements ou de condamnation de leur orientation première.
Dans les années 60, les groupes d'extrême droite fleurissent et se reproduisent au gré des ruptures et des dissolutions. C'est apparemment une longue tradition dans la droite nationaliste. Parmi eux, citons un syndicat d'étudiants, la Fen (Fédération des étudiants nationalistes), créée par François d'Orcival, pro-Algérie française, antimarxiste, compte s'opposer à l'UNEF syndicat des étudiants qu'elle juge pro-FLN et marxiste. A la suite d'une scission, des militants de ce syndicat fonderont Occident avec les frères Sidos.
Occident tient ses origines idéologiques de l'extrême droite des années folles et des années 30, du nationalisme intégral de Charles Maurras.
Obsédé par le déclin de la France de la fin du XIXe siècle, la décadence, la corruption dont il attribue la cause à la démocratie, au parlement, aux Juifs, aux francs-maçons, aux étrangers, cette « anti-France » bourgeoise et libérale, Maurras milite pour une société darwinienne, aux institutions ancrées, un monarchisme héréditaire et sécularisé – il est agnostique – bien que s'appuyant sur l'Eglise catholique. Pas fondamentalement raciste, pas pro-nazi, il soutient le maréchal Pétain et l'Etat français.
Durant l'entre-deux-guerres la droite et l'extrême-droite comptent divers mouvements, toujours en fonction des ruptures, des dissolutions et reconstitutions. Camelots du Roi, Croix de feu (anciens combattants de 14-18) et sa recomposition Volontaires nationaux, PPF (Parti populaire français), Bonapartistes, Action française, Ligue des patriotes, Jeunesses patriotes, etc. Parmi eux, certains se feront modérés, d'autres bien plus virulents, certains seront résistants, d'autres collaborationnistes, d'autres encore devanceront les désirs des nazis. Maurras a néanmoins fourni à la droite nationaliste ou patriotique un socle fort.
Revenons à Occident.
Les Jeunesses patriotes, émanation d'une des nombreuses ligues de l'entre-deux-guerres comptera dans ses rangs un certain François Sidos. Haut gradé de la Milice (Inspecteur général des forces du maintien de l'ordre) il sera fusillé en 1946. Ses fils et parmi eux Pierre Sidos, créeront divers mouvements néo-fascistes dont le mouvement Occident, dont il sera évincé, et par la suite l'Œuvre française. Malgré certaines divergences doctrinales qui font passer les membres du FN pour de gais communiants, l'Œuvre française a toujours soutenu la candidature de Jean-Marie Le Pen
Dans la lignée maurrassienne, Occident raille la démocratie, mais ne rechigne pas dans ses premières années à s'engouffrer dans le racisme et prône le droit du sang. Sont drainés dans ses rangs des anciens d'Indochine, d'Algérie, et d'autres, nostalgiques de l'Occupation, anticommunistes, néo-fascistes, membres de la pègre, etc.
Le Front national est donc issu d'Ordre nouveau et d'Occident, des mouvements antidémocratiques à l'idéologie historiquement opposée à la démocratie, mais prétend accéder au pouvoir par la voie démocratique. Son président, et maintenant sa présidente (la loi du sang ?) opèrent régulièrement des ruptures avec leur organisation, se séparant de l'un ou de l'autre de leurs opposants internes, changeant au gré de l'actualité de cible, jamais de principe, celui de la dénonciation d'un genre de conspiration de l'anti-France faite de l'« étranger » juif d'hier, musulman d'aujourd'hui, du communiste, du franc-maçon, de la société secrète. Même critiques à l'égard des puissances de l'argent que celles qui furent martelées par Maurras.
Marine Le Pen tente depuis quelques temps de refaire une virginité à ce parti issu de ces mouvements aux résonances sinistres, s'efforçant de faire oublier les ratonnades des années 60, les bastonnades aux abords de la rue d'Assas et dans des manifestations étudiantes par les membres du GUD des années 70 et 80, certains crimes commis en marge de manifestations du FN comme ce marocain jeté à la Seine où il s'est noyé ou comme ce jeune Comorien tué de deux balles par des colleurs d'affiches en 1995, par les violences antisémites de certains skinheads, les profanations de tombes, les sorties négationnistes ou antisémites (encore récentes) du papa. Les thèmes de débats soulevés par Nick the First, par quelques-uns de ses ministres et par des députés de sa sensibilité destinés à draguer l'électorat du FN ont contribué à en faire un parti conventionnel, presque convenable. La polémique du jour opposant les tenants d'un front « républicain » à ceux qui préfèrent l'arbitrage par les urnes et le bulletin blanc ou l'abstention (craignent-ils d'injurier l'avenir ?) le place encore un peu plus en possible recours en se gardant de préciser en quoi historiquement il est antirépublicain et antidémocratique alors qu'il est présent dans un cadre électoral républicain et démocratique. Confusion confusante.
Enfin, la banalisation du FN dans le paysage politique s'achève par cette locution descriptive et généralisante en lui donnant une couleur distincte. Le bleu Marine.
C'est le pompon.

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