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Une vallée de larmes

Publié le par L'ours

Une vallée de larmes. Notre monde n'est qu'une vallée de larmes.

Autrefois, hier, il n'y a pas si longtemps, c'était les pauvres qui l'irriguaient, cette vallée verdoyante, les pauvres auxquels se sont ajoutées les personnes les moins solides de la classe moyenne, petits cadres bord-cadre fondant famille à deux salaires, couples productifs se retrouvant par accident amputés de la moitié de leurs revenus.
Pendant ce temps, les roches faisaient savoir haut et fort que le partage était proprement impossible. J'ai écrit « roches » ? Faute de frappe. Faute de frappe qui ressemble à un lapsus révélateur, tant les riches, c'est d'eux dont il est question, paraissent imperméables à l'érosion sentimentale.

Des riches à cœur de pierre, lourde masse inamovible enracinée dans le sol, peu inquiète du déluge qui forcément surviendrait après eux et glisserait imperturbablement à travers les aspérités de leur granit. Les exemples de cette aridité de sentiments ne se comptent plus, depuis les délocalisations d'activités à forte teneur en profits, en passant par l'avarice caractérisée des employeurs versant des rémunérations pitoyablement basses avant de trancher dans la masse salariale déjà exsangue pour tirer encore un peu plus de jus, jusqu'au harcèlement des petites entreprises, fournisseurs ou simples voisins comme, cette petite bijouterie artisanale de la place Vendôme menacée de ne pas voir son bail reconduit pour le plus grand plaisir du groupe LVMH.Aujourd'hui, notre bonne vieille vallée de larmes grossit de celles des riches qui se plaignent d'un éventuel retour au "social". Grands dieux, qu'il est criminel de nous empêcher d'augmenter les loyers quand bon nous semble !
Bien sûr, « les riches », le mot est vague. Dire « les riches » a le défaut de ne rien préciser et prête le flanc à la critique. Dire « les riches » précipite aisément l'auteur de cette généralisation dans les rangs des populistes. Autant dire que sa voix n'a aucune valeur, tantôt rejeté par les uns parmi les frontistes de gauche, tantôt placé par les autres au sein des frontistes de droite, et qualifié vite fait bien fait de poujadiste, guévariste, de nihiliste, voire de punk à chien.
Ce qui n'empêche nullement le riche d'exister, loin des autres tout en donnant l'illusion que la société est un système symbiotique dans lequel il fait figure de nourricier, alors qu'en réalité il en constitue le principal parasite. Ouh la ! Le mot est fort. Certes, mais comment nommer celui qui reçoit infiniment plus qu'il ne restitue, ce super prédateur qui détruit plus qu'il ne crée ? Bien sûr, il se retranche derrière l'entreprise. Sacro-sainte entreprise. Joli paravent, faux nez de luxe. Alibi pour le crime social parfait.
Que le riche disparaisse, selon lui, plus d'entreprise, il l'a répété pendant des décennies, à tel point que c'en est devenu un lieu commun auquel même certains pauvres souscrivent. En conséquence de son absence, voyez ces foules oisives promises à la soupe populaire, à la mendicité ou la délinquance, la ruine généralisée, la déliquescence de la société. Il se donne des airs de grand acteur, au rôle-titre définitivement attribué.
Car la richesse, et la chose dure depuis la nuit des temps, est synonyme de pouvoir, l'un de ses moteurs est la discrimination. Elle a pour principe fondamental la ligne de démarcation d'avec le vulgaire, le commun, la majorité de la société qu'elle a pour ambition de dominer. Il n'est pour le riche nullement question de vivre dans la société, mais au-dessus, quitte à, pour cela, devoir traiter avec des intermédiaires que l'on ne coudoie que de loin, avec des pincettes, que l'on daigne traiter avec un peu plus de considération que ceux que l'on asservit, et dont on s'assure la servilité par ces privilèges accordés. Ce que furent les contremaîtres jadis pour les patrons d'usines ne sont que les cadres supérieurs actuels, les garde-chiourme des esclavagistes d'antan.
Les riches se fréquentent, se fournissent de préférence entre eux. Ils constituent une société « à part », pour l'ordinaire, ils font appel aux serviteurs. Leur participation à la vie sociale se limite au sens unique, le sens ascendant. De la société vers eux. La société nourricière, vache à viande, vache à lait dont on boira jusqu'à la dernière goutte, dont on sucera les os jusqu'à la moelle. La société, on l'écoute à l'occasion. Dans le seul dessein d'en tirer profit. Si le bestiau donne plus lorsqu'il se plaît au pré, on le met à l'herbe grasse, si, bien que médiocre, il est plus rentable de le claquemurer en masse, abreuvé de choses grasses molles et insipides, va pour le confinement. Question praticité, le riche est imbattable.

Axiome premier : la fin justifie les moyens. S'il faut soumettre, soumettons, s'il faut transiger, transigeons. S'il faut être charitable, n'allons pas jusqu'à la philanthropie, contentons-nous des préceptes du clergé ou du mécénat, le dieu argent reconnaîtra les siens. Les riches ne craignent rien hormis les idéologies qui jouent du couteau à moins de les corrompre ou de s'en faire les complices, mieux d'en faire jouer les rouages. S'il faut draguer le fascisme, brun, rouge ou vert, qu'importe le coloris, pourvu qu'au bout du compte, le compte y soit.
Ça s'est vu, ça se reverra. 

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