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Ventres à louer

Publié le par L'ours

Ce qui est particulièrement délectable, dans une polémique, c'est de soumettre aux débatteurs adverses un argument mettant en lumière leurs propres contradictions.
Aujourd'hui, nous jouerons avec la partie la plus progressiste de nos amis socialistes, écologistes et tous ceux qui, du bord extrême de la gauche aux frontières de la droite (il doit y en avoir), se déclarent favorables à la PMA.
Notons que la PMA, procréation médicalement assistée, rien à voir avec le PMU, consiste à fabriquer du bébé avec le recours de techniques médicales lorsque la vieille méthode de la zigounette dans le pilou-pilou telle que la décrivait Pierre Desproges ne fonctionne pas.
Ces techniques existant (insémination artificielle, fécondation in vitro, injection intra-cytoplasme de spermatozoïde), il était donc normal que les foules progressistes ou se proclamant comme tel se ruent sur elles pour améliorer leur quotidien et celui de l'humanité par voie de conséquence, car il est bien connu que ce qui sert le peuple militant de gauche sert modestement le bien-être universel. Finalement, il n'y a pas plus chrétien qu'un militant de gauche, qui l'est davantage qu'un militant chrétien.
Car il est là, le fondement du progrès. On cherche, on scrute, on nourrit la science, on théorise, on crée des techniques, on invente des objets, et on finit par s'en servir. Il en est ainsi de la cocotte-minute, de la transplantation cardiaque et de la bombe atomique. Il en est également ainsi des idées, le progrès a toujours tendu vers l'extension de la liberté de l'homme. On a aboli l'esclavage, le servage, réduit les inégalités entre les sexes en matière de droits, même s'il faut reconnaître que la tâche est loin d'être accomplie, d'autant plus si on la considère universelle.
Ainsi, la contrainte des corps, celle des esprits, la censure des opinions paraissent contraires au progrès, à moins de servir une morale progressiste qui indique le bien et le mal supposés.
La morale n'est plus dictée par le seul clergé, mais par la société tout entière, plus exactement par de multiples forces au sein de la société dont certaines s'affrontent et parmi lesquelles on trouve une morale progressiste.
Les forces de progrès d'aujourd'hui affirment que louer son ventre à autrui pour y faire grandir l'embryon d'un autre couple entre dans ce que cette morale permet. Les forces opposées – passons sur les quelques délires paranoïaques entendus ça et là – soulèvent le problème de la soumission des femmes contraintes à accepter grossesse, accouchement, séparation affective d'avec l'enfant porté, etc. Asservies par la force physique ou une violence psychologique, contraintes pour éloigner quelque temps la misère, ces ventres à louer pourraient devenir les victimes d'une pratique s'apparentant à une forme d'esclavagisme moderne.
Mais les forces de progrès ne s'arrêtent pas à cela qui sans doute serait un épiphénomène, une rareté, une exception. Autant dire une quantité négligeable.
Et Pierre Bergé de ne pas voir la différence entre louer son ventre ou vendre ses bras lorsque l'on est ouvrier. Et sa tête lorsque l'on est intellectuel. Certes le travail est avilissant, même si beaucoup y sacrifient de bonne grâce, mais il ne mobilise pas chaque instant de la vie du salarié pendant neuf mois y compris la nuit. La vie est là, faut-il le rappeler ? Celle d'un autre, dont la maman-porteuse a la responsabilité dès lors qu'elle aurait signé son contrat de travail. Quelles limites seront fixées aux préconisations voire aux ordres que ces couples-clients donneront immanquablement à la femme-fournisseur.

A combien la société estime-t-elle la valeur de ce CDD ; forcément un CDD ? Les jumeaux sont-ils acceptés comme des maux compte double ?
Mais la contradiction ne s'arrête pas là. Pierre Bergé a peut-être raison, après tout. Et nul ne doute qu'il ira plus avant dans ses comparaisons et invitera ses petits camarades socialistes à en faire autant. Vendre ses bras, sa tête ou son ventre, quelle différence ? Et vendre son cul ?
C'est Laurence Najet Vallaud Belkacem qui va avoir du mal à trouver un argument.

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