Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Vieux punk

Publié le par L'ours

Ce billet pourrait s'intituler "Pourquoi je déteste les yéyés". Les yéyés sont apparus à l'époque où je vins au monde. Par là, émergea l'âgisme.

Le rock n' roll (puis sa sombre émanation connue sous le nom de yéyé) avait pour parents le blues et le jazz. Il est né de la rencontre d'une jeunesse qui effectuait sa crise d'adolescence avec le consumérisme. Les chanteurs de charme sentaient un peu trop la naphtaline et le bal à papa où les codes de séduction remontaient à l'avant-guerre. La jeunesse avait besoin de s'émanciper de tout un tas de schémas sociaux érigés en principes. La jeunesse avait besoin de dépoussiérage et de liberté. Elle avait besoin d'exprimer la violence de ses sentiments et d'affirmer une sexualité qu'elle peinait à faire reconnaître par les parents. Mais la jeunesse que les parents n'avaient guère envie de trop brimer, alors qu'eux mêmes reprenaient goût à la vie après les années de guerre et de restrictions, représentait une catégorie socio-économique bien identifiable, facile à cibler. Un marché. Une manne.

Les jeunes voulaient de la musique bien à eux, on allait leur en donner. Leur en vendre, plutôt. Quoi de plus aisé pour un jeune que de reconnaître un autre jeune ? On allait en pousser certains, qui parleraient aux autres. Dans la foulée, la génération des parents, celle qui détenait le pouvoir économique et qui commercialisa la musique de jeunes pouvait contôler moralement la révolte adolescente. Certes, ils ne comprirent pas immédiatement qu'ils créaient ainsi des bombes à retardement, mais c'est une autre histoire.

Sur des musiques enlevées, plus ou moins électriques, on plaqua des paroles à destination des jeunes répondant prétendument à leurs préoccupations. Les jeunes allaient pouvoir s'amuser en dadou-ron-rond. Garçons et filles allaient pouvoir marcher la main dans la main en dadou-ronronnant. La petite fille de bonne famille allait enfiler de jolies robes cousues point par point afin d'être la plus belle pour aller danser lorsque l'école serait finie, tandis que les garçons soi-disant nés dans la rue, oui dans la rue, déclencheraient la bagarre. Le schéma restait celui de Papa-Maman, actualisé à l'époque, et surtout sans Papa-Maman. Papa-Maman n'étaient pas encore à jeter à l'hospice, mais commençaient à arborer des figures de vieux cons.

Vous pensez si le discours était neuf ! Maman aussi était allée danser et se faisait inviter par les garçons, qui ne rechignaient pas à foutre sur la margoulette des garçons du village d'à côté. Comme tous les jeunes chiens, les jeunes oursons et les jeunes matous. Et elle cédait, de temps en temps, en prenant bien garde à ce que les parents n'en sachent rien.

Ce qui changeait, c'était le fait d'en parler et de le vendre.

Alors, comme il est plus simple d'attraper ce qui est le plus accessible, le commerce eut la riche idée de proposer du très accessible. Du sentiment simple exprimé simplement. Du simplissime. Le yéyé allait régner. Du simplisme à la bêtise, le pas à franchir n'était pas insurmontable. On intronisait le règne des copains. Les copains, les alter-ego, même âge, même coupes de cheveux et de vêtements, mêmes préoccupations, mêmes pensées. Salut ! Le jeune en bandes ou en troupeaux intégrait une "communauté" qui ne portait pas encore ce nom. Ne manquait plus aux marchands que de segmenter la catégorie "jeunes", par affinités de goûts, par groupes sociaux-économiques, et de propulser tel ou tel référent pour vendre tant et plus, créer des modes, des boutiques et des journaux.

Le jeune ne tarderait pas à réclamer de l'argent de poche, le petit fumier. Il pourrait autonomiser ses dépenses. Bien pratique, l'argent du jeune. Nouvel impôt sur le vieux dévolu au commerce percepteur new style.

L'idéal que l'on vendait au jeune et qu'il engloutissait avidement comme autant de choux à la crème ne risquait pas de troubler les espaces éthérés. Le jeune rêvait scooter, moto, mobylette, fringues, disques, teppaz, tout un tas de trucs chouettes aux doux noms américains. Le jeune se mit à rêver pognon et pouvoir, toutes ces choses que, jusqu'alors, les "vieux" détenaient. Pas avenir, pas maturité. Pas sagesse !

Le jeune a tout voulu, et tout de suite. Pour cela, il doit déboulonner ses aînés, sûr de détenir la vérité. Et il s'y emploie. Au rebut, les vieux schnocks. Le monde est à nous, venez pas y faire des embouteillages avec vos déambulateurs, vos références historiques hors d'âge et vos vieilles paroles circonspectes.

Maintenant que le jeune a vieilli, il veut rester jeune.

No future, p'tit con !

Commenter cet article