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Vœux

Publié le par L'ours

     Ainsi, la réforme des vœux présidentiels est passée. Au générique, des images incrustées dans un drapeau tricolore accompagné à la marge d'un drapeau européen.
L'incruste est dans les tons bleus, mais on reconnaît d'instinct les couleurs. La patrouille de France qui pisse dans le ciel une fumée bleu blanc rouge, une foule heureuse agitant de petits drapeaux français et européens, une vue du globe terrestre, l'Arc de Triomphe à Paris lors d'une cérémonie, sans doute le 11 novembre, il n'y a pas l'ombre d'une bagnole et à plus forte raison d'un embouteillage, le palais de l'Elysée, toujours à Paris. Un texte apparaît, annonçant le moment tant attendu par la population en liesse : Vœux de Monsieur le Président de la République. Et ça commence !
L'homme qui nous parle est debout et attaque fort :
« Françaises, Français, mes chers compatriotes. »
     Jamais durant son discours, il ne dira "concitoyens", mais compatriotes. Doit-on voir marquée ici la nuance faite entre personnes originaire du même pays par rapport à citoyens du même état ?
Plus de bibliothèque, mais en arrière plan, une fine animation qui durera tout le temps de l'allocution de Nick the First. On voit uniquement le drapeau tricolore avec son incruste de l'Elysée. Il semble animé. D'une part grâce à un mouvement de va et vient latéral qui finit par nous donner le mal de mer, d'autre part grâce à un fin filet blanc qui parcourt la partie bleue du drapeau, donnant une impression de mouvement, mais pas ou moins visible dans cette première partie du discours dans la partie rouge sans doute symboliquement marquée par l'immobilisme. D'ailleurs c'est dans cette partie rouge que le réalisateur a choisi de placer une autre incrustation, celle de la traductrice en langage des signes. Pour les sourds-muets. Probablement la position "en bas à droite de l'écran" est-elle un code audiovisuel traditionnel qui m'est mystérieux, mais je ne peux m'interdire une certaine dose de mauvaise foi.

«
L’année qui s’achève a été difficile pour tous. Aucun continent, aucun pays, aucun secteur n’a été épargné. La crise économique a imposé de nouvelles peines, de nouvelles souffrances, en France comme ailleurs. Je pense en particulier à ceux qui ont perdu leur emploi. Cependant notre pays a été moins éprouvé que beaucoup d’autres. Nous le devons à notre modèle social qui a amorti le choc, aux mesures énergiques qui ont été prises pour soutenir l’activité et surtout pour que personne ne reste sur le bord du chemin. »
     Que je traduirai en ces termes : Nous en avons bavé ! Je vous plains, mais ne vous plaignez pas trop, j'ai fait ce qu'il fallait. Personne ne niera que l'année a été difficile. Mais quant au soutien de l'activité pour que "personne ne se retrouve au bord du chemin", nous ne devons pas connaître les mêmes personnes, les mêmes entreprises particulièrement celles qui mettent la clef sous la porte, ni fréquenter les mêmes bureaux du Pôle Emploi. Le nombre de chômeurs et de salariés à temps plus que partiel doit se situer aux alentours de 6 millions. 

     Puis, flatterie tous azimuts, particulièrement à l'électorat de base.

« Mais c’est à chacun d’entre vous que revient le plus grand mérite. Je veux rendre hommage ce soir au sang-froid et au courage des Français face à la crise. Je veux rendre un hommage particulier aux partenaires sociaux qui ont fait preuve d’un grand sens des responsabilités, aux associations qui ont secouru ceux qui en avaient le plus besoin, aux chefs d’entreprises, ils sont nombreux, qui se sont efforcés de sauver des emplois. »

     Doit-on entendre qu'il est heureux que le pays n'ait été mis à feu et à sang face à la baisse du pouvoir d'achat, à celle des prix que la grande distribution fait subir aux producteurs, face aux licenciements, à la hausse du coût des prestations sociales, dans la santé par exemple, à la réduction des services publics, au gaspillage des deniers de l'Etat, au désengagement de celui-ci dans les régions, face au flicage généralisé, à l'impunité de ceux qui manient la répression de façon intempestive, face à l'arrogance de ceux qui détiennent le pouvoir économique et (ou) politique, ou encore face à ceux qui remplissent leurs fonctions électives à contre-cœur ou pour satisfaire leur seule ambition personnelle ?

« Ensemble nous avons évité le pire. Mais nous avons aussi préparé l’avenir. Au moment où tout laisse à penser que la croissance va revenir, nous voyons qu’au cours de cette année, au milieu des difficultés de toutes sortes, un monde nouveau a commencé à se construire. »
     A ce moment précis, le champ du fond s'aggrandit et paraît le drapeau européen.

« Une nouvelle organisation mondiale se dessine à travers le G20. Des problèmes qui soulevaient depuis bien longtemps une grande émotion et qui paraissaient insolubles, comme les bonus extravagants ou les paradis fiscaux, sont en voie d’être résolus. Il n’est pas jusqu’au sommet de Copenhague qui n’ait ouvert une porte sur l’avenir en parvenant à faire prendre par tous les Etats des engagements chiffrés de lutte contre le réchauffement climatique et en posant le principe d’un financement pour les pays pauvres qui sera assuré par la taxation de la spéculation financière. L’Europe s’est enfin dotée des institutions qui vont lui permettre d’agir et la France a continué à se transformer. Elle arrive au terme de cette année avec une fiscalité plus favorable au travail et à l’investissement grâce à la réforme de la taxe professionnelle, un lycée qui prépare mieux à l’enseignement supérieur, des universités enfin autonomes, un service minimum dans les transports publics qui fonctionne, le RSA qui encourage la reprise d’activité pour nos compatriotes les plus démunis, une formation professionnelle davantage tournée vers les jeunes et vers ceux qui cherchent un emploi, un système hospitalier, une carte judiciaire, une organisation de notre Défense qui sont mieux adaptés aux besoins de notre époque, un fonds souverain à la française qui se tient désormais aux côtés de nos entreprises pour les aider à se développer et pour les protéger. »

Il faudrait vraiment être aveugle, ou imbécile, ou d'une mauvaise foi flagrante pour ne pas s'être aperçu que tout allait pour le mieux. Les bonus extravagants ont cessé d'exister... avant de repartir de plus belle, le sommet de Copenhague a été un tel succès que tout le monde s'accorde à reconnaître que le mot le qualifiant le mieux est fiasco, puisque l'on n'est pas parvenu grâce à nos amis américains et chinois à chiffrer quoi que ce soit hormis la remise à une date ultérieure (au mieux dans six mois) pour un éventuel chiffrage. Les grêves du RER A sont passées inaperçues, de nouveau, des SDF meurent de froid, sans doute refusent-ils d'être logés malgré la loi instituant le droit opposable au logement, le système hospitalier se porte tellement bien que même les pontes de la médecine hospitalière peu réputés pour leur engagement gauchiste menacent de démissionner...

« Grâce à un plan d’investissement sans précédent nous allons pouvoir accomplir la révolution numérique, donner à tous l’accès au haut débit, numériser nos livres pour que notre langue, notre culture puissent continuer à rayonner, mais aussi créer 20 000 places d’internats d’excellence pour rétablir une réelle égalité des chances, et doter notre enseignement supérieur et notre recherche de moyens considérables pour réussir le pari de l’intelligence. »
Le monde du livre ne peut que s'en trouver mieux. Déjà le poste de la Direction générale du livre et de la lecture du ministère de la Culture qui menait des actions en faveur de l'édition et des bibliothèques par des dotations ou des subventions a été supprimé (en mai 2008, sous Albanel), dilué dans une
direction générale du développement des médias et de l'économie culturelle. Quant à la loi Hadopi dont Nick the First va parler tout de suite après, qui va-t-elle protéger ? Les artistes et créateurs, les éditeurs, les majors ou les distributeurs ?

« Grâce à la loi Hadopi qui sera mise en œuvre en 2010, nos créateurs et nos artistes vont être protégés.
Grâce au Grenelle de l’Environnement nous allons pouvoir relever le défi de la protection de notre environnement. C’est un domaine où il est bien difficile de faire évoluer les mentalités et les comportements. Mais je ne suis pas un homme qui renonce à la première difficulté, et la fiscalité écologique qui permet de taxer la pollution et d’exonérer le travail est un enjeu majeur. Dès le 20 janvier, le gouvernement présentera un nouveau dispositif afin que les consommateurs soient incités à consommer mieux et les producteurs à produire propre. »

Le Conseil constitutionnel vient de retoquer la proposition de taxe carbone, l'estimant inégalitaire.
Pendant ce temps, le Président gigote et le fond également. Nauséeux de la première heure de la fin d'année s'abstenir.

« Beaucoup de réformes ont été accomplies. Je sais qu’elles ont bouleversé des habitudes et qu’avant de produire leurs effets elles ont pu provoquer des inquiétudes. Mais qui peut croire que dans ce monde qui bouge l’immobilisme soit une alternative ? Il nous reste encore bien du travail. Je le conduirai avec le Premier Ministre et le Gouvernement dans le dialogue et avec un esprit de justice. En 2010, il va nous falloir : faire reculer le chômage et l’exclusion, réduire nos dépenses courantes pour nous permettre d’accroître nos dépenses d’avenir, simplifier notre organisation territoriale trop lourde, trop compliquée, trop onéreuse, consolider notre système de retraites dont j’ai le devoir d’assurer la pérennité financière, relever le défi de la dépendance qui sera dans les décennies à venir l’un des problèmes les plus douloureux auxquels nos familles seront confrontées. En 2010, nous réformerons notre Justice pour qu’elle protège davantage les libertés et qu’elle soit plus attentive aux victimes. »

L'inquiétude, c'est ce qui vient avant la certitude que les craintes étaient légitimes. A quel stade en sommes-nous ? celui de l'inquiétude ou celui des certitudes ? Il a raison le Président. Il lui reste encore beaucoup de travail. La réforme de la Justice est déjà en marche avec des inscriptions par les plaignants de délits subis sur les registres des mains-courantes plutôt que sur celui des dépôts de plainte pour que n'augmentent pas trop les chiffres des délits, elle se poursuivra avec la suppression de nombreux tribunaux en province, éloignant les plaignants – dont ceux du travail – des lieux de justice, avec celle des juges d'instruction soumettant "les juges de l'instruction" qui les remplaceront au parquet, permettant ainsi mieux juger si celui qui doit l'être passera ou non en jugement.

« Mes chers compatriotes, même si les épreuves ne sont pas terminées, 2010 sera une année de renouveau. Les efforts que nous faisons depuis deux ans et demi vont porter leurs fruits.
Dans ce moment si crucial nous devons rester unis comme nous avons su l’être au plus fort de la crise. C’est cette unité qui nous a permis de prendre l’initiative d’entraîner les autres. Les idées que la France défend vont pouvoir s’imposer dans la recherche d’un nouvel ordre mondial : plus d’équilibre, plus de régulation, davantage de justice et de paix. Ces idées nous imposent un devoir d’exemplarité.
Respectons-nous les uns les autres, faisons l’effort de nous comprendre, évitons les mots et les attitudes qui blessent. Soyons capables de débattre sans nous déchirer, sans nous insulter, sans nous désunir. »


Traduction : vous allez encore en baver, malgré tout ce que j'ai pu dire sur la sortie de crise, mais, vœu pieux, le renouveau 2010 doit passer par les régionales. Renouveau signifierait moins de régions à gauche (20 sur 22 actuellement)

Une France rassemblée, ayant confiance en elle, regardant l’avenir comme la promesse d’un accomplissement, voilà le vœu que je forme pour notre pays.
A chacun d’entre vous, mes chers compatriotes, j’adresse tous mes vœux de bonheur pour l’année qui vient, avec une pensée particulière pour nos soldats, séparés de leur famille, qui risquent leur vie pour défendre nos valeurs et garantir notre sécurité.

Enfin, ayons une pensée pour les nègres des îles, les vieux et les handicapés, on pense à vous, votez bien.
« A nos compatriotes d’outre-mer je veux dire ma détermination à ce que la République tienne à leur égard cette promesse d’égalité et de dignité qu’elle n’a pas suffisamment tenue par le passé.
Et aux plus vulnérables d’entre nous, à ceux que l’âge a affaiblis, à ceux que les accidents de la vie ont durement éprouvés, je veux dire ce soir qu’ils ne seront pas abandonnés. Face à l’isolement, face à la solitude, si répandus dans nos sociétés modernes, je souhaite que 2010 soit l’année où nous redonnerons un sens au beau mot de fraternité qui est inscrit dans notre devise républicaine. »

Avec une petite vanne à Ségolène pour finir l'année en rigolant.

Mes chers compatriotes,
Vive la République et vive la France



Oui, oui. On a bien ri. Pour ceux qui voudraient rire encore, les gourmands, c'est ici.

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cruella 11/01/2010 13:24


"adjonctions" il faut lire injonctions...désolée


cruella 10/01/2010 23:29



...accomplir la révolution numérique, donner à tous l'accès au haut débit...La récente condamnation de Google vient à point pour
illustrer ce propos
...créer  20 000 places d'excellence...doter notre
enseignement supérieur et notre recherche de moyens considérables pour réussir le pari de l'intelligence...L'intelligence ne s'achète pas (j'ai dis une
bêtise?)
Les voeux du Président pour l’Année 2010 se résument à une succession de nouvelles adjonctions...



cruella 07/01/2010 22:05



On m’a souvent dit que réagir sous le coup de l’émotion pourrait me faire passer pour ce que je ne suis pas.


L’idée d’utiliser votre blog pour un espace publicitaire ne m’avait même pas effleuré l’esprit et je comprends fort bien
votre réaction.  Je n’ai pas cherché à savoir qui, comment et pourquoi …au sujet de cette vidéo, j’avoue. Seul le témoignage m’avait profondément
bouleversé et là  je suis sincère. Libre à vous de me croire ou non.


Quant à la faible audience de votre blog, je suis très étonnée et ne comprends pas  vu la qualité des articles (peut-être le fond noir, assez éprouvant pour les yeux… ?)



L'ours 08/01/2010 09:34


C'est le montage de la séquence audio brute en séquence vidéo avec logo et présentation par le militant FN, puis diffusion sur Youtube qui constitue une "promotion". Vous n'avez fait que la
relayer, tout autant que moi je la relaye, c'est pour cela que je tenais à faire ces précisions et avertissements. Je n'ai pas entendu cette émission de J.-J. Bourdin, je ne sais pas quelle est la
valeur du témoignage entendu, je souhaitais en informer les lecteurs qui savent désormais à quoi s'en tenir.
Le fond noir est assez récent, mais je ne fais sans doute pas ce qu'il faut pour gagner de l'audience, je ne suis pas doué pour me vendre. Pas doué pour la vente en général, d'ailleurs. Mais merci
pour les compliments.


cruella 06/01/2010 23:00


"...à ceux que l'âge a affaiblis...je veux dire ce soir qu'ils ne seront pas abandonnés"
Voici un témoignage de Robert:
http://www.youtube.com/watch?v=44-c6KbKyJ8
Tout le bonheur que "le bronzé du Maroc" nous souhaite, c'est de creuver!
Quel vulgaire personnage!


L'ours 07/01/2010 10:41


Touchant témoignage de Robert, mécanicien retraité, qui n'a pas de quoi vivre décemment, au micro de Jean-Jacques Bourdin dans son émission sur RMC.
Ce document provenant de youtube.com est un montage émanant d'un membre de la Fédération Ille-et-Villaine du Front National, un certain Mickaël. Le montage consistant à coller l'extrait audio de
l'émission de Jean-Jacques Bourdin dans un cadre vidéo affichant le sigle du FN 35, un écran de texte sur fond noir annonçant : "La fédération Front National IIle et Villaine vous
présente:" (sic), suivi de "le témoignage très touchant de Robert, retraité Français... et pauvre!" puis l'affiche de Bourdin & Co avec l'horaire et le nom de la radio, sans doute
récupérée du site de RMC au-dessus de ce texte : "RMC Bourdin & Co (22-12-2009) par Front National Ille et Villaine". Suit, accompagné par ce même texte sur la partie droite de
l'écran, la photo d'une vieille femme la tête dans les mains dans une attitude qui laisse à penser que, soit elle est désespérée, soit elle fait "coucou qui est là" à ses petits enfants. Enfin le
clip se termine par ces mots "réalisé par Mickaël, fédération Front National Ille et Villaine".
Ici, dans les Carnets de l'Ours, la parole est libre. Elle l'est également dans les commentaires à la seule restriction qu'ils n'encouragent pas le meurtre, la violence physique, la haine raciale
et les discriminations en général. Ils ne constituent pas un espace publicitaire gratuit (à plus forte raison payant) ni une tribune politique dévolue à faire de la réclame pour un parti.
Mettons les choses au point.
J'émets de gros doutes sur le fait que Jean-Jacques Bourdin ait donné son accord pour que son nom, celui de son émission et de sa radio soient associées au Front National Ille et Villaine. Je l'ai
contacté pour qu'il puisse réagir à la publication de ce montage.
Je combats – et les lecteurs des Carnets de l'Ours auront pu s'en convaincre aisément – les idées du Front National avec mes moyens, qui sont les mots. Je ne suis affilié de près ou de loin à
aucune formation politique ni à aucune obédience religieuse.
Ce qui me gène, vous l'aurez compris, Cruella, c'est que ce témoignage de Robert, pour valide qu'il soit, est exploité en amont des diffusions sur YouTube et (ou) sur les blogs par un groupe
politique, présenté comme réalisé par lui et constitue de ce fait une publicité pour ce groupe.
Je ne sais qui se cache sous ce pseudonyme de Cruella, vous ne mentionnez aucun site. Je veux croire en votre sincérité et votre empathie pour les retraités pauvres, ainsi sans doute que pour les
pauvres relevant d'autres catégories sociales et que vous n'imaginez pas que j'accepterai que les Carnets de l'Ours deviennent un haut-parleur pour quelque parti d'exclusion que ce soit, ce qui
serait stupide étant donné le peu d'audience qu'a ce blog.


Cari Li 06/01/2010 17:06


Là, les possibilités sont infinies...