On se lasse de ce qui revient trop souvent. Caviar vodka à chaque dîner, quel ennui ! Qu'on nous serve des harengs fumés pommes à l'huile accompagnés d'un petit blanc pas trop sec.
Il en va de même de la campagne électorale.
Hier soir la télévision proposait sur la deuxième chaîne l'émission « Des paroles et des actes » où la moitié de ceux qui se présentent à notre suffrage devaient répondre aux questions
de journalistes dont l'un est chauve et détestable, un autre toujours bien coiffé et qui a l'œil rieur, une troisième fort séduisante et un quatrième dont il serait déplacé de décrire le physique
et la nature de cheveux.
La troisième chaîne quant à elle retransmettait un match de football qui propulserait l'équipe vainqueur en finale de la Coupe de France. Si on pouvait compter plus de gens sur le terrain et dans
les tribunes que sur le plateau et parmi le public du studio de télévision, il y avait paradoxalement moins d'adversaires.
La technologie a apporté aux fesses de l'homme un outil bien pratique, nommé zapette, qui leur permet de rester délicieusement enfoncées dans le moelleux du canapé lorsque leur propriétaire
décide de changer de programme et a, en sus, l'avantage de muscler le pouce de la main droite.
Sur France 2, venait se soumettre à la question, Nicolas Dupont-Aignan, homme de droite qui a le malheur de posséder un joli nom qu'il convient, paraît-il, de rendre moche par un vilain hiatus.
Le pouce droit travaille. Le club amateur de l'U.S. Quevilly rencontre les pros de Rennes.
A Mont Saint-Aignan, commune proche de Rouen (tout comme les Petit et Grand Quevilly) que l'on prononce en faisant la liaison, ce qui rend son nom joli, chacun doit se tenir prêt à encourager son champion devant son poste à moins d'avoir fait le déplacement au stade de Caen où se joue la rencontre. En France, on est comme ça, lorsque l'on cesse d'être chauvin, on soutient le petit, le faible, l'inattendu. On voudrait bien que l'U.S. Quevilly, déjà tombeur de Marseille remporte la partie contre le Stade Rennais qui navigue en Ligue 1 auprès des plus grands ! Malheur ! Le match n'a pas commencé depuis dix minutes qu'un Breton marque. La bonne volonté ne suffit pas, malgré leurs tentatives, malgré leur talent, les Normands peinent.
Vient le tour d'Eva Joly. Elle a des arguments. Elle se donne du mal à faire comprendre les impératifs de l'écologie pour notre monde. Ne retiendra-t-on que le changement de couleur de ses
lunettes ? L'arrêt du nucléaire, les exemples septentrionaux et allemand feront-ils le poids face à la toute puissance de l'économie dans le débat politique ? Surtout, les journalistes semblent
attendre du plus lourd en la personne de François Hollande. Voilà un candidat qu'il est bon d'interviewer. A la mi-temps, l'U.S. Quevilly est toujours mené d'un point.
L'homme est assez sûr de lui, mordant son principal concurrent avec humour. Il n'est pas dans le registre de l'agression brutale. Il n'est pas le genre d'homme à qui on distribue les cartons
jaunes, mais il encaisse les coups. On l'a dit « nul », on a prédit qu'une « pluie de sauterelles », rien que ça, s'abattrait sur notre France forte si jamais il parvenait à
se faire élire. Ses détracteurs manient la peur pour tenter de l'abattre. Le match reprend. Les amateurs Normands n'ont que faire de la peur.
Une autre arrive sur le plateau de France2, qui aime faire peur. C'est la 64e minute, pendant que Marine Le Pen éructe contre les étrangers et les émigrés, Karim Hérouat égalise. La foule hurle.
Le match est palpitant, parviendront-ils à une prolongation ? Ce serait fantastique que le petit mange le gros. De part et d'autre les attaques ne cessent.
C'est au tour de Philippe Poutou du NPA de passer devant ses examinateurs. Que de sourires condescendants pour cet ouvrier, davantage rompu au combat syndical qu'à la course politique. Il est
bien sympathique avec son accent et son parler peu châtié. Les pros du journalisme politique vont-ils le manger tout cru ? Il est tellement atypique parmi ces gens qui baignent depuis tant dans
le baquet politique !
C'est sûr, on se dirige droit vers une prolongation. Malgré les tirs cadrés, Rennes ne parvient pas à conclure. Il ne reste que quelques secondes avant la fin du match. Les trois minutes de
« temps additionnel » s'achèvent. A trois secondes du coup de sifflet de l'arbitre, Anthony Laup du club de Quevilly évite un défenseur, tire et se joue du gardien rennais. La foule est
en délire.
Poutou en a quasiment fini de son interview. Il a contesté les chiffres et les courbes de Lenglet, tout le monde a bien ri de ses sorties, le public est on ne peut plus détendu. Une dernière
question. Il lui reste 13 secondes pour répondre. Il accélère : « Si c'est pour nous refaire le coup de la Gauche plurielle, nous on n'est pas d'accord ! Nous on pense que pour changer
les choses, il faut une riposte unitaire, il faut un outil politique qui soit complètement indépendant du parti socialiste, on est prêts à se battre et à en discuter avec les militants du Front
de gauche et de Lutte ouvrière, du mouvement syndical et associatif, il faut qu'on se batte tous ensemble pour imposer une vraie politique de gauche ! ». La cloche indiquant la fin du
temps dont il disposait retentit. Le public lui fait une ovation ! Ici aussi, l'amateur a gagné son match.
Quel spectacle ! Merci la zapette.




Lilith 19/04/2012