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Identité nationale : à qui profite la frime ?

Publié le par L'ours

A cinq mois des régionales, il était temps de faire réfléchir les Français, leur demander de pratiquer un peu l'introspection pour qu'ils se rendent bien compte de ce qu'ils sont. Not' bon ministre de l'intransigeance et des allers simples en charter, en phase avec son mentor présidentiel lance la réflexion sur l'identité nationale. Cinq mois pour que le couillon à crête cocoricotte sous son béret basque. Moins même que cinq mois, puisque le Français ne va pas pousser le vice de penser pendant les fêtes de fin d'année et leur préparation.

Avec un régime en baisse de régime, avec un Nick the First qui va devoir ajouter des talonnettes à sa pote de copularité, puisqu'elle rétrécit et se recroqueville comme un vit repu ou trempé dans l'eau froide, il était temps d'orienter le débat sur ce qui fait de nous ce que nous sommes et surtout de bien nous unir en mettant le doigt sur ce qui nous divise, pour être bref, offrir une alternative au vote nationaliste et aller à la pêche à l'électorat Front national.

Il était donc temps de lancer la polémique sur cette fameuse identité nationale, c'est-à-dire mettre à l'épreuve la tolérance à l'autre. La manœuvre est double : confronter la gauche au problème de l'immigration que la droite ne parvient pas à démêler, la laissant monter au créneau pour mieux faire entrevoir ses incohérences, ses divisions, son laxisme, son irresponsabilité supposée à défendre une certaine conception de l'accueil des étrangers sur le territoire, et dégoupiller l'opposition d'une extrême droite hystérique sur le sujet.

En matière électorale, la peur est un excellent produit d'appel. Peur du Noir, peur de l'Arabe, peur du délitement de la société française. Plutôt que de tabler sur un éventuel fait divers que l'on pourrait rendre profitable, autant prendre les devants et entonner un martial chant patriotique. Remettre sur le tapis – non persan – la polémique autour des paroles de la Marseillaise, que (on ne le sait que trop bien, la controverse revenant tous les six mois) les uns fustigent à cause de leur caractère un tantinet violent, y décelant racisme, xénophobie, et te balancent l'argument-choc du "sang impur" dans une admirable posture offusquée, et que les autres défendent pour être un chant révolutionnaire, plein d'une humanité démocratique en lutte contre la tyrannie monarchique et aristocratique. Bien sûr, ceux qui aiment la Marseillaise et ceux qui ne l'aiment pas, nous mettent en instance de choisir notre camp. Lui, qui refuse de la fredonner de crainte sans doute de se salir la bouche, l'autre qui se scandalise que le joueur de foot ne daigne la chanter lors de rencontres internationales. L'un et l'autre t'étriperaient si l'envie te prenait de clamer mezzo voce que tu t'en tapes.

Attendons-nous donc à entendre rabâcher les sempiternelles citations de Rocard et Karchozy et voir les principaux acteurs politiques (ces histrions) se relancer ces lieux communs comme des preuves d'infamie et des contre-arguments :

– La France, où tu l'aimes, ou tu la quittes !

– La France n'a pas vocation à accueillir toute la misère du monde... mais elle doit en prendre sa part.

Gageons que débattre de l'identité nationale aura davantage pour effet de traiter de l'immigration qui dérange que des valeurs que la France véhicule (qu'en général on pose en vertu) à savoir la tolérance, l'accueil et la défense des opprimés et le respect des droits de l'homme. Nulle vérité ne sortira de ce puits sans fond, mais le renforcement des positions respectives des racistes et des antiracistes. Nul enseignement de ce qui rend notre "nation" attractive ou inique n'en sera tiré. Nul grand principe, nul projet de société, nulle construction ne naîtront de ce débat de société.

Il est biaisé. Il n'est qu'invitation à la pose, à l'adoption par tous d'une attitude stéréotypée, l'une consistant à dire qu'il y a trop d'immigrés, l'autre à affirmer que ce décompte est dégueulasse, la première à insister sur la non-intégration des populations issues de l'immigration, la seconde à vanter un modèle communautaire.

D'avance, on sait à qui profitera la frime : à l'UMP.

 

Et si l'identité nationale avait le poète pour porte-parole !

 

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas 


Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l'un fut de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas 


Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas 


Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas 


Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas 


Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas 


Un rebelle est un rebelle
Deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas 


Répétant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas 


Il coule il coule il se mêle
À la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas 


L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le réséda

Louis Aragon, La rose et le réséda, paru dans Mot d'ordre en février 1943, puis repris dans le recueil de poèmes édité par Seghers La Diane française en 1944, dédicacé à «Gabriel Péri et d’Estienne d’Orves
comme à Guy Môquet et Gilbert Dru».

 


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