C'était il y a deux ans, c'était il y a une éternité
Il est des dates dont on préférerait que l'on ne nous rappelât pas l'inéluctable anniversaire.
Hélàs, les médias, les amuseurs publics s'en chargent, pour un coup de brosse, un coup de croc, un bon mot. Quel bilan tirer de ces deux ans qui démarraient en fanfare, en fanfaronnade, plutôt, avec prise de micro autoritaire d'un spectre de la chanson qui n'a jamais pu égaler un petit bout de piaf pour lancer mille colombes vers le ciel. C'était il y a deux ans, c'était il y a une éternité.
En ce qui me concerne, deux boulots m'ont lâchement laissé tomber. Et avec quel panache ! Deux titres de la presse ont arrêté leur parution. Dans le premier cas, dans la perspective d'une revente
de la société éditrice, après audit de l'ensemble – ou peu s'en faut – des salariés, avec plan social, indemnités de licenciement et inscription des passagers de la charrette à un bureau de
reclassement ; dans le second cas, sans autre forme de procès, sans préavis, sans indemnité, sans licenciement, mais avec le baratin, répété à chaque fois que l'on réclame son dû, dans l'optique
que le temps fasse son œuvre et que celui que l'on sort du jeu se lasse et aille se faire pendre ailleurs. Triste sort du pigiste. Mais ce cas intéresse bien peu de monde. Passons à autre
chose
L'exemple vient d'en haut, ça se confirme, le mépris pour ceux dont on n' a plus besoin est dans l'air du temps, une de ces caractéristiques du pouvoir décomplexé des chefs. Chefs d'entreprise,
chefs politiques jouissent enfin sans entraves, sans cette maudite considération probablement judéo-chrétienne et le salarié kleenex est l'avenir de l'homme d'affaires.
Quel bilan dresser de ces deux ans ? Deux ans de mépris pour ceux que l'on entreprend de diriger. Deux ans de pouvoir sans réelle concertation. Deux ans de simagrées de père tape-dur face aux licenciés d'aujourd'hui que l'on avait promis de sauver hier, et s'ils ont l'outrecuidance de s'offusquer en retenant quelques décideurs sur leur lieux de travail,on criera à la prise d'otages, à la séquestration abominable, et la justice que l'on souhaite aux ordres fera son office.
Deux ans de saccage de l'hôpital, de l'université que l'on veut "moderniser" – entendre rendre rentable, entendre soumettre au bon vouloir du privé – et en prime, donner un signal à ceux qui contestent qu'ils verront s'opposer à leur réprobation une fin de non recevoir absolue et définitive.
Deux ans de propagande pro domo, jusque dans la campagne pour élections législatives européennes, quel que soit le coût de cette "communication". Deux ans de gaspillage de fonds publics aux seules fins de vanter l'incroyable réussite de son incomparable action.
Deux ans d'encouragement à la toute puissance aux représentants de la force publique à qui on ne peut plus rien objecter sans courir le risque de se voir traîner en comparution immédiate pour rébelliion et outrage.
Deux ans de gesticulations de notre superlicoquentieux échevin.
Sur cinq, restent trois, je ne retiens rien.