Fédérer les cris et pousser des gémissements de plaisir
La communication, voilà l'ennemi, qui nous enfonce le baillon dans la gorge. Non pas la communication en tant que concept sans laquelle nous serions autistes, mais la communication en tant que stratégie de marché, qu'elle se nomme marketing ou propagande, qui va à l'encontre du dialogue, qui place l'auditeur sur un pied d'infériorité par rapport à l'émetteur, le contraignant à un statut de consommateur, telle l'oie que l'on gave. Pour affronter le commu-nous-niquant, soyons des AUDITUEURS.
Face à l'érosion de notre liberté par l'illusion que notre liberté s'étend grâce à la technologie, comment devons-nous réagir ? Et d'ailleurs, devons-nous réagir ou se taire jusqu'à l'insupportable – si l'insupportable n'est pas déjà atteint ?
Devons-nous demeurer au repos dans une chambre, tout en sacrifiant aux amusements offerts par les écrans de télévision et ordinateur dont on pressent qu'ils sont destinés à anesthésier les citoyens, en se gardant d'en être acteurs, ou bien participer au concert des polémiques, au risque d'alimenter un brouhaha qui ne fait que brouiller les messages de colère.
La polémique elle-même, sciemment provoquée et, non pas entretenue, mais maîtrisée grâce à la démutiplication de ses champs, par les pouvoirs ne permet-elle pas à ces derniers de désamorcer toute vélléité de soulèvement social selon un principe de dilution. Diviser pour régner.
Les blogueurs et polémistes (amateurs ou de profession) constitueraient-ils une foule composée d'individus aboyant ou bêlant, c'est selon, et qui seraient, puisque postés dans leur individualité, dans l'impossibilité de créer une force, une réelle foule. De la nécessité de fédérer les cris. De la nécessité de fédérer les cris pour former une résistance à l'amer, se battre contre l'érosion.
La contestation du pouvoir pour être audible ne doit-elle pas emprunter le langage du désir ? Faire naître une poétique qui lui est propre, parler au corps, parler à l'être, parler au œur, parler à l'autre. S'envoler, toucher des cimes, survoler la bassesse du matériel dans laquelle le pouvoir englue le citoyen pour le maintenir à portée de voix.
Ne pas avancer sur le terrain de l'ennemi, c'est éviter de marcher sur les mines qu'il a placées.
Il ne sert à rien au bœuf de protester auprès de celui qui tient le joug, mais qu'il arrête de tirer le soc, et qu'il résiste à la pique, et qu'il meugle de poignants chants d'amour et de liberté. Que devant l'exemple, les autres bêtes de somme prennent sa complainte pour des gémissements de plaisir et cessent d'avancer.
Chanter et pleurer dans le vent, essaimer, polliniser nos colères pour que naissent les fleurs de la révolte.