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Masochisme

Publié le par L'ours

Pourquoi se fait-on tant de mal ? Certes, je n'ai pas une très grande opinion de moi-même. Je ne sais pas me vendre, le doute est chez moi comme un sixième sens et me l'applique autant qu'à l'infinie mutltitude des autres hormis quelques exceptions que Django aurait pu compter sur les doigts dont il ne se servait pas tandis qu'il plaquait ses savants accords. Je fume, je bois, je mange de la viande, je suis un salarié (enfin de temps en temps), à croire que j'aime me faire du mal. J'aborrhe l'eau (c'est le Grenelle de l'enivrognement) j'exècre la tisane, j'abomine le thé sans sucre et sans menthe. Bien sûr, je bois de l'eau, mais jamais sans méfiance. Si je compte cinq fruits et légumes par jour, je trouve en résultat qu'il y en a au moins quatre de trop. Je voue un culte au gras de canard, au blanc du jambon, à l'andouillette au vin blanc. L'entrelardé ne ment pas. Rions, voici des rillettes, riez, voici des rillons. Je ne dédaigne pas les exercices physiques, tant qu'ils se déroulent, si j'y participe, sur un matelas et sans arbitrage, ou alors devant ma télévision. Mon goût pour le sport est le principal point que nous aurions eu en commun, Winston Churchill et moi, et peut-être aussi la détestation du nazisme. Bref, je cède à la tentation sans me soucier de la survenue d'un éventuel infarctus du myocarde qui viendrait mettre en péril le délicieux avenir d'un cancer arrivant à maturité. Les jouisseurs gâchent tout !

Tout ça pour dire que je dois être masochiste.

En définitive, je ne suis pas allé offrir ma voix à un quelconque pro du politique et méler mon anonyme avis sur ce qui conviendrait le mieux à l'Europe, au fond d'une urne, aux avis contradictoires et crétins de milliers d'autres imbéciles tout autant anonymes.

Dans une démocratie, la voix du con que je suis, moi l'Ours, ne vaut ni plus ni moins celle de la conne qu'est par exemple (parmi des milliers) Nadine Morano. Considérons toutefois que je cite ces deux personnes de manière informelle et aléatoire comme si leurs noms venaient d'être tirés d'un chapeau et en conservant à l'esprit, bien sûr, la relativité inhérente à toute chose ou personne du moment qu'il lui a été apposé un adjectif.

J'aurais tout aussi bien donner les noms de Raymond Poincaré, Bernard Tapie, Monsieur Héron (un vague voisin), Kim Jong Il, Lee Harvey Oswald, Mamie Nova, Bernadette Chirac, Ségolène Royal, Margaret Thatcher ou Dorothée, ancienne animatrice et ancienne chanteuse dont une des scies fameuses avait pour leit-motiv : Ouh la menteuse, elle est amoureuse. C'était gentil, c'était pour les enfants, personne ne voyait le mal nulle part. Dorothée nous énervait, mais cela s'arrêtait là.

Qui aurait pu penser qu'un jour, qu'un personnage public, une femme politique pourtant habile et qui n'est pas une imbécile, puisqu'elle est secrétaire d'Etat, pût porter plainte pour injure contre une mère de famille qui avait commenté une vidéo de l'intéressée sur Internet d'un "Ouh la menteuse". Ça dépasse l'entendement, non ?

J'aurais pu utiliser le mot génie à la place de con et conne, mais comme je le mentionnais en début de chronique, je n'ai guère une haute estime de moi et ma modestie en eut souffert. Conservons les choses en état, restons sur con et conne, Nadine et moi. D'ailleurs, plus personne ne s'appelle Nadine ! Si ?

Donc, la pétainiste fête des mères (paraît-il, on aime les origines flatteuses qui nous font du bien, en France) aura eu raison du devoir électoral. La fête des mêres et le fait que j'ai détruit ma carte d'électeur, naguère, non dans un républicain accès de furie constatant que Marianne s'était une fois de plus laissée séduire par le premier matamore venu, mais pour me confectionner des filtres en carton. A tous les sens du terme, je me les roule. Je suis un incorrigible fumeur. Un con, vous dis-je !

Bien qu'en désaccord avec mon humble personne, ça fait du bien de ne pas voter. Habituellement, je m'oblige. Je m'en fais un "devoir", ce mot a-t-il encore un sens, va savoir ? Aujourd'hui, j'ai dérogé. Ma conscience va m'en causer, je le sais. Je l'affronterai mollement, cette conne. Après tout ai-je jamais vraiment voté pour quelqu'un. Presque toujours contre quelqu'un d'autre, contre tous les autres. Voté pour celui ou celle qui me semblait le moins mauvais choix. Tu parles d'un plébiscite !

Je n'ai plus une once de confiance pour les hommes politiques. Ceux que l'on entend à la radio, que l'on voit à la télévision, qui vous téléphonent ! Parce que certains vont même jusqu'à vous téléphoner ! Philippe De Villiers, cette Jeanne d'Arc en papier mâché, m'a téléphoné ! Deux fois ! Une fois sur ma ligne France Télécom, une fois sur ma ligne Freebox. Pas de chance, les deux fois j'étais aux toilettes. Un robot annonce avec la voix enregistrée de PDV "Oui, c'est Philippe De Villiers, vous allez voter le 7 juin..." J'adore rester assis aux toilettes à lire le journal tout en écoutant la radio, toujours pour un journaliste trouver l'information dans les lieux qu'elle choisit, mais avec De Villiers, c'est insupportable. Se grave dans votre pensée un sentiment de cause à effet qui vous gâte le plaisir d'être assis sur le siège des toilettes sans avoir quelque chose à y faire. Il y a des gens qui irrémédiablement vous font chier.

Les hommes et, parité oblige, les femmes politiques, donc, ne m'inspirent plus aucune confiance. Tout au plus, je leur accorde un peu de mon admiration lorsqu'ils s'expriment correctement, ne manient pas le harcèlement verbal, laissent les autres s'exprimer sans pour autant économiser les vacheries et réparties de bon aloi, lorsqu'ils ne cherchent pas à remuer la tripe du badaud en faisant pleurer dans les chaumières, lorsqu'ils ne font pas montre d'arrogance (le sous-texte, le sous-texte), mais lorsqu'ils abordent les problèmes calmement et exposent les solutions qu'ils s'appliqueront à mettre en œuvre, chiffres à l'appui. Cherchez un nom.

Les hommes politiques me navrent, me désespèrent, me mettent en colère.

Et pourtant, je vais suivre la soirée électorale. Un con.

Je dois être masochiste.

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