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Je ne suis qu'une carne, kinenveu ?

Publié le par L'ours

C'est entendu, je vais caner. Pas la peine de me le seriner, je suis au courant, j'y pense depuis mille ans avec une certaine angoisse. J'utilise le mot angoisse, faute de celui qui conviendrait le mieux, qui traduirait un mélange de sentiments où l'incompréhension quant au sens de la vie prend le dessus. Je me retranche alors dans un genre de vision globale de l'existence, une vague notion de macro-économie de l'univers vivant. Se soucie-t-on de l'atome de carbone inclus dans le brin d'herbe qui nourrira la vache ? Il n'a pas davantage d'inutilité qu'il n'a d'importance. Un grain de poussière, je suis un grain de poussière, un fils de la terre et du vent. Merci grand Jacques pour la métaphore.

Exit l'angoisse, on vit, on meurt, rien de plus qu'un épisode dans un monde ordonné qui semble autonome et dont on ne connaît pas non plus les raisons de son existence. Et si le monde était déraisonnable ?
On vit, on meurt. Un aller-retour entre rien et rien, un zéro et le néant. A quoi sert de se demander ce qu'il y a après la vie si on ne s'interroge pas avec la même pugnacité sur ce qu'il y a avant la vie ?
Peut-être devrions-nous nous satisfaire des limites connues de la vie. Et basta. Position qui, bien sûr, relativise notre importance. Dans cette optique, l'homme n'a plus de prédominance sur le ver de terre, le roi sur le sujet, le préfet sur la sous-préfète, le sorcier sur l'adepte.
La mort inexpliquée fait de moi un anarchiste. Qui ne signifie pas semeur de désordre, apôtre du chaos ou terroriste assoiffé de sang. Ce point de vie (je laisse le lapsus, ayant écrit vie pour vue) n'exclut pas non plus que je dise éventuellement  des conneries, mais au moins, mes conneries ont l'avantage d'être respectueuses de ton existence, tout autant que de la mienne, et ne s'inscrivent pas dans la domination de mes congénères, contrairement aux autres thèses tout aussi invérifiables sur l'origine et l'ordonnancement du monde.
C'est entendu, je vais caner. Je ne connais ni le jour, ni l'heure, pas même l'année. Toi aussi. Et mon voisin, et le Président, et le curé, et le rabbin, et l'imam, tout comme le philosophe, le médecin et le maître d'école. Tout comme le flic, le voleur et le meurtrier.
Mourir de vieillesse, de maladie, d'accident. Mourir parce qu'on a été assassiné.
Quand arrive ce moment crucial, nos pauvres organes sont voués au pourrissement, éventuellement à la crémation.
Si, de notre vivant, l'utilité du rein, du foie ou du pancréas a dûment été prouvée par les Diafoirus du monde entier, une fois passée l'arme à gauche, ces bouts de bidoche ne servent qu'à nourrir les bestioles nécrophages (qui dans le grand ordonnancement du monde n'ont guère moins d'importance que les porteurs des abats précités).
La science, qu'heureusement on a inventée, a démontré qu'il était possible de pallier la défaillance d'un organe par son remplacement, comme le garageot le pratique sur notre vieille bagnole au pot d'échappement hors d'âge. Pour ce faire, il faut greffer un élément synthétique, truc en plastoc, bidule en titane, machin en carbone, ou l'organe gentiment offert par un généreux donateur. Quelquefois, ce dernier se sépare juste d'un fragment d'organe ou de l'élément d'une paire et continue son chemin amputé d'une part de lui-même, mais heureux d'avoir sauvé une vie. Autrement, on prélève la pièce manquante sur une carcasse fraîchement défunte.
Débitez-moi ce cadavre, que je rafistole ce futur macchabée, dit le chirurgien. Il n'y a qu'une issue qu'on ne saurait qualifier de secours.
Nos lois actuelles font de nous un donneur par défaut. Pour que l'intégrité de notre dépouille soit épargnée, il faut l'avoir expressément demandé, ou qu'un membre de notre famille proche l'interdise. Sinon, le premier Ricord venu se sert sur la bête et tranche dans le mort pour soustraire glandes, barbaque et autres viscères. Ce qui, entre nous soit dit, présente également l'avantage de préserver les lombaires des porteurs de sapin. Certes, si on met un véto au charcutage d'après trépas, on s'expose aux railleries et on devient sujet à la mauvaise réputation, comme quoi on n'est qu'un égoïste douillet, un misanthrope inconséquent, un sale type...
On vit, on meurt, entre les deux, on se débrouille pour que ce ne soit pas trop pénible. On s'organise entre nous. On établit des lois, on s'invente une morale, pour éviter de se massacrer à tire-larigot pour les mieux lotis, ou pour mieux le permettre chez ceux qui ont moins de chance.
Certains se destinent à aider leurs concitoyens, d'autres à leur pourrir l'existence, une grande majorité d'autres suscitent des griefs à divers degrés de gravité de la part de leurs congénères. Outre nos lois et notre morale censées être communes à tous, chacun dans son libre arbitre se forge sa morale personnelle. Et l'on juge allègrement son voisin ou son député comme un brave mec, une pauvre cruche ou une fieffée ordure, alors que la société ne le distingue pas particulièrement des autres imbéciles que nous sommes.
La médecine fait même encore plus fort, elle ne voit dans l'être humain que l'être humain, sans tenir compte des jugements de la société. Ainsi, Hitler vaut mère Téresa. Tous deux ne sont pour la médecine que des organismes composés d'à peu près les mêmes éléments, si on exclut, d'une part, le fait que l'un des deux avait une zigounette, et d'autre part, la forme de la moustache.

Et l'on ôterait sans barguigner le foie de celle-ci, une fois son âme rendue ad patres, pour l'offrir à celui-là.
Aussi, n'étant pas un saint, je me désespère à penser que mes pauvres rognons et autres gobets encore en état de marche pourraient contribuer à faire vivre un Mladic, un Ahmadinejad, ou un Kim Jong Il (et je ne parle pas des quelques Français qui me donnent de l'urticaire).

Un truc à me foutre une jaunisse post mortem. Je vais m'employer dès aujourd'hui à fournir à la faculté une liste de mes légataires. Je ne suis qu'une carne, kinenveu ?

Y en aura pas pour tout le monde !

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