Un roi a été sacré à Reims
Au fil des jours, il y a mille petites raisons de se sentir chagrin. Le monde tourne, certes, mais pas toujours comme on le voudrait, et on déplore tel trait de caractère de telle personnalité, telle décision de tel responsable, telle orientation prise par la société. On en garde un sentiment de frustration et de relative solitude. L'explosion des blogs "politiques" trouve en partie son origine dans ce malaise social. Paradoxalement, les dernières présidentielles ont été marquées par une forte participation des citoyens, tant au moment du vote que durant la campagne électorale. Etait-ce un "combat des chefs" à la mode gauloise, un affrontement idéologique ou simplement celui de deux ambitions ? Dans ce dernier cas, il est évident que nous autres, citoyens, qui n'avons qu'un bulletin de vote à offrir, ne pesons pas dans les programmes devenus prétextes à l'accession au pouvoir de tel ou telle. Seuls seront récompensés les artisans de la victoire.
Bien sûr, pour prétendre à un poste prestigieux, prestige associé à la lourdeur de la charge, il est nécessaire d'avoir de l'ambition. Il est de coutume de dire qu'un président de la République doit être un tueur – symboliquement parlant, bien sûr – on élimine politiquement, mais quelle référence ! N'avoir que cela ne suffit pas.
Et c'est bien cet individualisme forcené arguant que le temps nous est compté, que la vie est courte et qu'il faut jouir au maximum et le plus tôt possible, sans prêter attention aux dommages collatéraux comme disent les généraux, qui fait figure d'idéologie ambiante. Ah que le pouvoir est bon.
La gauche socialiste française, enfin qui se prétend comme telle, nous donne un spectacle conforme de l'image de la société. Querelles de courants pourtant peu éloignés idéologiquement parlant, haines personnelles, tricheries, trahisons, fraudes électorales. Les valeurs sont chantournées pour que s'exprime la volonté de réussite, les idées s'effacent derrière la réalisation d'un projet personnel. Reims a accouché d'un roi, le sacrant à contumace, pour ainsi dire. Il s'appelle Sarkozy. A croire, et bien sûr, c'est une idée fausse, que le sort des Français n'intéresse pas plus que ça, éléphanteaux et vieux pachydermes, que le seul moteur qui les anime est le but à atteindre : un fauteuil, un sceptre et une couronne. Triste spectacle d'un combat de coqs qui ne s'intéresseraient qu'à son issue et aux avantages que la victoire de l'un ou l'autre des compétiteurs peut procurer, oubliant pour quelle raison ils donnent et prennent des coups d'ergot. L'idéologie là-dedans ? Le projet de société ? Il sera toujours temps d'improviser le moment venu, pour expliquer aux électeurs qu'ils ne peuvent à la fois espérer et se voir satisfaits.
Rétrospectivement, on se prend à se féliciter que Royal ait perdu en 2007 ; sans pour autant se réjouir de la victoire du petit Neuillyléon, précisons-le à l'attention de ceux qui pourraient penser que les Carnets de l'Ours font dans la prose de droite. Comment le PS aurait-il pu diriger le pays avec de tels oiseaux dans sa volière ? Comment imaginer Royal à l'Elysée, assistée d'Aubry Delanoé, Cambadélis, et consorts.
Les socialistes sont condamnés à s'accorder (à défaut de s'aimer), de gré ou de force, sous peine de disparaître, comme le chante Juliette Gréco et comme l'a clamé Ségolène Royal. Mais il faut un chef ! Il est si cruel de ne pas être celui-ci, de devoir se retrouver relégué au rang de suiviste. Modestie et humilité deviennent des valeurs d'une autre époque, à honnir sans attendre. La victoire doit s'obtenir à tout prix. Il convient de jouer un peu la comédie du désaccord sur les fondamentaux, quitte à ne pas s'apercevoir que l'on saborde tour à tour l'esprit de la République, les principes démocratiques au sein de son parti et de son pays et ses chances de revenir aux affaires. De socialistes, du moins à la tête du parti, on n'en voit plus guère. Au devant de la scène,on ne voit que des professionnels de la popolitique, de celle qui fait monter le populisme quand la majorité des citoyens sont mécontents et qui ne trouvent pas de porte-parole à leurs inquiétudes et leur colère. Si un vent de révolte doit souffler, il soufflera sans froisser ni les costards et les tailleurs bien coupés, ni les robes "bobo chic" de nos chers leaders. Il soufflera dans la rue.