Primaires à gauche, pas plus flamboyants à droite
Que peut-il bien se passer dans la tête du joueur que le jeu finit par écœurer ? Se rend-il compte du
vide qui le menace ? Change-t-il de passion, si ce sacrilège est seulement possible ? Probablement, il souffre.
Imaginez-vous être un inconditionnel adepte du poker, du bridge ou de la crapette, peu importe. Pas
une heure de votre existence ne reste inoccupée par le souvenir ou le fantasme d'une jolie donne, d'un bluff audacieux, d'un piège tendu, d'une époustouflante et bienheureuse suite de cartes à
abattre. Mais de jour en jour, vous réalisez que le jeu est faussé, peuplé de tricheurs, de faux-jetons et de mauvais joueurs prêts à tout pour vous faire quitter la table. Si vous ne sombrez
dans une profonde dépression, vous devenez paranoïaque. Vous avez raison de le devenir, et naturellement, tous cherchent à vous convaincre du mal fondé de votre sentiment pour finalement vous
rendre coupable de ce mauvais penchant. On voit par là que le paranoïaque est au centre d'un cercle dont le caractère vicieux lui est attribué par les autres, ce qu'il ne cesse d'affirmer et ce
qu'ils ne cessent de contester, renforçant ainsi les raisons de sa paranoïa. Le paranoïaque ne s'en sortira pas. Il ne peut pas. Les autres sont une multitude.
Votre sacro-sainte passion du travail, votre tolérance à l'égard de l'hypocrisie, votre dévotion
pour l'argent, votre admiration sans bornes pour la réussite affichée, votre béate
négligence de critique envers les discours pro domo des marchands de savonnettes dans lesquels vous vous engouffrez avec goinfrerie, feignant d'ignorer que le mensonge bien habillé reste un
mensonge, vos silences entendus ou vos postures bruyantes auront eu raison de moi. Je suis comme un joueur qui ne croit plus au jeu.
Notez que les savonnettes que l'on vous vend, que vous vous refilez mutuellement avec une certaine
délectation prennent des noms différents. On trouve tout, au grand bazar de la connerie ! Qui viendra chercher auprès du mercanti technologue du coin le dernier appareil
dont on ne soupçonnait pas hier la possible naissance et dont on ne saurait se passer dans la demi-heure qui suit sans crainte de cruellement plonger dans la béance de son inexistence ; qui ira
débusquer un quelconque grand manitou par la grâce des prélats affiliés à la marque qui lui enseigneront comment et pour quoi vivre et accessoirement mourir ; qui se piquera de croire le chef de
file, le meneur de troupes, l'homme providentiel nécessaire à la survie de la société ; à suivre aveuglément le bon berger, le conducteur impavide, le guide avisé.
Mais tous, technologues, prélats, bergers exigent le respect et votre approbation
pour leur fonction, car tous vous disent détenir la vérité. Aucun d'eux ne viendra vous confesser qu'il doute de sa conduite, de ses dires, de ses actions. Ce serait se nier. Il est bien plus rentable de
vous convaincre et de vous recruter, de vous faire adhérer. D'ailleurs, vous devenez collants, poisseux de faux bons sentiments, de fallacieux bons arguments. Perdus que vous êtes, vous vous
agglutinez pour croire à quelque chose. C'est repoussant à voir.
Ainsi, au PS, devant les multiples dilemmes que causent le choix d'un candidat, on s'accorde (si ! si
!) pour l'organisation de "primaires ouvertes". A savoir que quiconque pourra se prononcer pour le candidat à la candidature (2012 c'est demain) estampillé "soutenu par le PS" de son choix.
Militants, sympathisants, et quoi d'autre ?
Par quelle mystérieuse grâce, les jeunes et balnéaires refourgueurs de tongs ne se transformeraient-ils pas en sympathisants votant – quitte à débourser quelques euros – pour aider à désigner l'opposant à Nick-the-First le plus destructeur (pour la gauche).
Quelle providence retiendrait les douze électeurs du Modem à, par honnêteté, ne pas tenter de favoriser l'un ou l'autre de leur représentants officiels, au hasard Sigismond Bayrou* ?
Qui viendrait entraver la cohorte de travailleurs en lutte pour un monde trotskyste meilleur, venus pratiquer l'entrisme cher à leurs meilleurs idéologues secrets afin d'enfoncer le PS dans un terrible chaos dont il ne se relèverait pas ?
Quant aux verts, qui fera qu'il s'abstiendront de continuer à se ronger le bouton de rose, tout
obnubilés qu'ils sont, par leurs désirs de Cohn ?
Ça, on ne le sait pas. Le PS cherche la savonnette qu'il veut vous vendre, mais ne sait plus comment
trouver celle qui va vous plaire. Le PS devrait comprendre qu'il y a déjà là une bonne raison de ne pas lui faire confiance. Depuis quand les élèves choisissent leurs profs, les serviteurs leur
maître (j'avais précédemment écrit "les employés leur patron"), les moutons leur berger ?
Si j'ajoute : "et les chèvres leur légionnaire ?" ce sera de mauvais goût ?
Et pour en finir, qui ou quoi, pourrait empêcher que le nom finalement sorti du chapeau soit Strauss Kahn ?
Enfin, je ne voudrais pas que cette petite chronique n'éclabousse que la gauche de son aigre
postillon. La droite mérite tout autant le crachat et l'amertume. Cette droite qui fossilise le débat d'idées, qui suit le chef autoproclamé, qui tremble devant les rodomontades
d'icelui, qui gouverne en caste, qui s'ouvre aux carriéristes de tous bords auxquels il est stipulé de laisser chacun son bagage idéologique au
vestiaire. Villiers, Nihous, pléthore au centre et à gauche.
La droite française a le rateau le plus large du monde. Nous devrions nous en enorgueillir. Voilà une
fierté qu'il faudrait célébrer entre le défilé des homosexuels et celui des militaires du 14-Juillet. Certains pourraient défiler trois fois, ce qui ne nuirait pas à leurs artères, à défaut des
nôtres.
(*) Je m'octroie le droit d'user pour cet individu faussement révolté, indigné, protestataire, d'un
autre prénom que le mien. J'espère toutefois ne froisser aucun Sigismond. Si néanmoins la chose survenait, qu'il se fasse connaître et je tenterais de remédier à ce triste état de fait en
remplaçant Sigismond par Narcisse.
(**) Je m'aperçois à la relecture de ce papier, que je ne parle pas du Front national, actuellement
détail de la politique française, ni du parti communiste, finalement pour les mêmes raisons.