Avertissement sur le contenu
Récemment, nous avons eu un échange courtois et aimable avec Carita Libertine que j'affuble du doux surnom de Carlita Libertitine, en échange de quoi, elle ne m'appelle pas Chouchou Libertintin et le monde se porte bien. J'ironisais en prétendant que l'on ne dénonce plus sufisamment de nos jours.
Le vieil ours que je suis a gardé la naïveté et l'optimisme de l'ourson que je fus.
Car on dénonce encore bien, de par le monde.
Ainsi, le site Univers d'artistes que mon amour des corps et de la photographie me pousse à consulter de temps à autres a le grand honneur de voir son accès précédé d'un avertissement.
"Certains lecteurs de ce blog ont contacté Google car ils pensent que le contenu de ce blog est inacceptable."
Faut-il préciser qu'il ne s'agit pas d'un site pornographique (et quand bien même), mais présentant des œuvres artistiques. Ouf ! Il se trouve toujours des gens pour dénoncer cet inacceptable mauvais genre, ce qui est rassurant pour le Bien et me réconcilie avec l'humanité grouillante.
A quand les "avertissements sur le contenu" à l'entrée des musées, de savants emballages sur les statues ennoblissant les rues.
La censure sexuelle n'est certes pas récente. Nombre de statues ont été amputées de leurs virils attributs à certaines époques devenues plus prudes qu'auparavant. La chose me fait penser, dans le principe, bien qu'appliquée à un autre genre ressortant davantage du divertissement que de l'art, à cette série américaine mettant en scène des policiers scientifiques (je crois qu'il s'agit de NCIS) devant autopsier des corps. Nus. Plus pratique pour l'autopsie, la nudité. Il faut donc montrer des corps nus. Mais le macchabée n'est pas recouvert d'un voile pudique. Horreur, on va voir des kikis et des foufounes ! (Comme si ça n'existait pas !) Le réalisateur utilise alors une astuce qui consiste à masquer de lumière l'objet du délit moral. Un champ lumineux éclaire tant le ventre du mort que la zone devient saturée de blanc. Une autre façon de ne pas montrer de sexe à l'écran aurait consisté à cadrer différemment, mais on a préféré faire le choix d'inonder de lumière ce que l'on veut cacher. Ce n'est plus de la pudeur, c'est du puritanisme, un message idéologique. Grâce à ce procédé, on montre que l'on ne montre pas.
Aujourd'hui, quand on vend la marque "Louvre" à Abu Dhabi, on s'empresse de ne pas y faire comporter d'œuvres impies.
La pruderie tient de la dictature. Les tenants de cette dictature semblent obsédés par le sexe, puisque la préoccupation du sexe prend le pas sur celle de l'art lorsque l'œuvre artistique comporte des sexes.
Mais le temps a toujours raison.
Au musée d'Art de Sao Paulo, pour l'année de la France, on a restauré Hyménée travesti pendant une cérémonie à Priape, toile de Nicolas Poussin dans laquelle le dieu grec du mariage, Hyménée, vêtu en femme (!) danse devant l'effigie de Priape, dieu de la fertilité. Et ce grand dieu bande énormément. Voilà ce qu'a révélé la restauration de la toile, lorsque furent ôtées quelques couches de peinture pudiquement appelées retouches de pudeur.
Priape est un dieu qui ne connaît jamais de repos, mais qu'il a l'air heureux !
