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Sarkozy – Onfray dans philomag

Publié le par François

Extrait de la confrontation entre Michel Onfray, philosophe hédoniste et Nicolas Sarkozy, candidat ambitieux dans Philosophie magazine:

Nicolas Sarkozy [j'en déduis que] l'être humain peut être dangereux. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous avons tant besoin de la culture, de la civilisation. Il n'y a pas d'un côté des individus dangereux et de l'autre des innocents. Non, chaque homme est en lui-même porteur de beaucoup d'innocence et de dangers.

Michel Onfray : Je ne suis pas rousseauiste et ne soutiendrais pas que l'homme est naturellement bon. À mon sens, on ne naît ni bon ni mauvais.
On le devient, car ce sont les circonstances qui fabriquent l'homme.

N. S. : Mais que faites-vous de nos choix, de la liberté de chacun ?

M. O. : Je ne leur donnerais pas une importance exagérée. Il y a beaucoup de choses que nous ne choisissons pas. Vous n'avez pas choisi votre sexualité parmi plusieurs formules, par exemple. Un pédophile non plus. Il n'a pas décidé un beau matin, parmi toutes les orientations sexuelles possibles, d'être attiré par les enfants. Pour autant, on ne naît pas homosexuel, ni hétérosexuel, ni pédophile. Je pense que nous sommes façonnés, non pas par nos gènes, mais par notre environnement, par les conditions familiales et socio-historiques dans lesquelles nous évoluons.

N. S. : Je ne suis pas d'accord avec vous. J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1200 ou 1300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense.

M. O. : Puisque notre entrevue touche à sa fin, je voudrais vous offrir quelques cadeaux utiles avant que nous nous quittions.

[Michel Onfray tend à Nicolas Sarkozy ses quatre paquets.]

N. S. [amusé] : Vous croyez que ma situation est si grave ?

[Nicolas Sarkozy déballe ses livres tandis que Michel Onfray commente ses choix.]

M. O. : Totem et Tabou, je vous l'offre parce que Sigmund Freud y traite du meurtre du père et de l'exercice du pouvoir dans la horde. L'Antéchrist de Friedrich Nietzsche, pour la question de la religion, la critique radicale de la morale chrétienne à vous qui, parfois, allez à la messe en famille. Michel Foucault, c'est une lecture que je recommande plus particulièrement au ministre de l'Intérieur, adepte des solutions disciplinaires. Dans Surveiller et punir, Michel Foucault analyse le rôle du système carcéral et de l'emprisonnement, puis de leur relation avec la norme libérale. Pierre-Joseph Proudhon, enfin, car il montre qu'on peut ne pas être libéral sans pour autant être communiste.


Il faut déjà ici, rendre à César ce qui lui appartient: le courage de l'un et l'autre des protagonistes dans leur acceptation de dialoguer, et l'intelligence de Philosophie Magazine d'avoir organisé cette entrevue, dont le principe est intéressant, entre un intellectuel et un candidat dont les visions du monde sont opposées. Voilà un véritable sujet d'utilité publique.

Sarkozy pense que l'être humain peut être dangereux, nous l'avons déjà au fil des siècles, maintes fois prouvé, il n'y a en cela rien de bien novateur, rien non plus qui permette d'exclure de cette remarque l'un ou l'autre des candidats à la présidentielle!
Ce qui fait polémique, c'est qu'il suppose un ancrage génétique à certaines pathologies comme la pédophilie, le suicide et le tabagisme, mélange des genres passablement hasardeux.
Faut-il se rappeler à propos de ce déterminisme supposé du pédophile, les propos du même Sarkozy qui avait envisagé un dépistage de la précocité de la délinquance dès la maternelle. Notre ancien ministre aurait-il développé des idées fixes? Est-ce dans cette déclaration un premier pas vers une politique d'eugénisme ou vers la médicalisation forcenée du délinquant, désormais irresponsable de ses actes? Rêve-t-il en secret d'un asile généralisé, où seraient réunis, les criminels, les opposants et les fous, tel Charenton à la bonne vieille époque du marquis de Sade? (cf. Marat-Sade, Peter Weiss)
Comment peut-on sérieusement mélanger, "faiblesse physiologique héréditaire" à propos du cancer du fumeur au prétexte qu'il y aurait des fumeurs qui ne développent pas cette maladie, suicide d'adolescents et pédophilie, en délestant la société de la moindre influence sur chacun de ces maux. Exit, l'influence des pesticides, de la pollution sur les cancers, à oublier, la répétition de la maltraitance chez les parents violents et chez les pédophiles, à jeter aux orties le manque de perspectives des jeunes (et des autres) dans un monde que l'on présente à chaque instant comme doré.

Enfin, cette remarque "amusée" de Sarko suscite presque de la pitié à son égard, lorsque Onfray, peut-être un peu arrogant lui offre des livres: "Vous croyez que ma situation est si grave ?"

A mon tour d'user d'arrogance.
– Oui. sans nul doute.
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